Préjugés, sexisme: combat permanent

Le punk n'est pas qu'une musique ! Ici on discute de l'actualité, des manifs et des résistances en lien direct avec notre culture. "Make punk a threat again", ça vous dit encore quelque chose ?!
Avatar du membre
Norma Bates
modérateur/trice
modérateur/trice
Messages : 1176
Enregistré le : 21 mai 2007 12:48
Vous sentez-vous assez intolérant et punk intégriste pour fréquenter ce forum ? : Y'a pas plus punk intégriste que moi !
Localisation : Derrière la fenêtre

Re: Préjugés, sexisme: combat permanent

Message par Norma Bates » 11 janv. 2018 14:34

Chéri-Bibi a écrit :
Norma Bates a écrit :Il y a par ailleurs, un commentaire sous son interview, qui dit "Personne pour lui montrer ce que c'est?".
J'ai lu le-dit commentaire. Affligeant. Ce n'était pas mon propos. Par ailleurs, le tien est évidemment très intéressant et plus posé que ma réaction, mais hélas je crois qu'elle est assez irrécupérable.
Ta réaction? ;) :lol:
Chercher des explications plausibles à la connerie dangereuse n'est pas l'excuser.
Oups, je ne comprends pas ta phrase, sorry.
¤ L'étoffe des héros est un tissu de mensonges. ¤

Avatar du membre
Chéri-Bibi
pilier de bar
pilier de bar
Messages : 870
Enregistré le : 11 mars 2006 22:41
Localisation : Partout et nulle-part
Contact :

Re: Préjugés, sexisme: combat permanent

Message par Chéri-Bibi » 11 janv. 2018 15:10

Norma Bates a écrit : Je ne dis pas que ses propos à elle sont "défendables", mais je dis qu'ils ont sans doute une raison, d'être aussi déplacés. Et qu'ils ne devraient pas pour autant entraîner des "mains qui démangent sévère". Moi, ils me donnent plutôt envie de discuter avec elle, sur un sujet qui me touche particulièrement.
T'es plus patiente que moi alors. Après, je ne suis pas une femme donc je ne cogne pas sur une femme, aussi conne et dangereuse soit-elle. Face à une personne comme ça, je préfère partir.
Si c'est un mec, c'est autre chose.

J'ai croisé Beigbeder il y a des années de cela, dans la rue, la nuit quand tous les chats sont gris, à commencer par moi. Je l'ai vanné parce que je pense que c'est un connard de bourge jet-setteur de merde (comme Catherine Millet), mais si cela s'était passé après la parution de son "manifeste" dans Causeur pour le droit des hommes à disposer du corps des femmes (qu'ils ont osé comparer au manifeste pour le droit des femmes à disposer de leur propre corps), je lui aurait cassé la tête sans passer par la case vannes à deux balles. Et ça aurait été bien fait pour sa gueule.
IN GIRUM IMUS NOCTE ET CONSUMIMUR IGNI
Nous tournons en rond dans la nuit et le feu nous dévore

Avatar du membre
Chéri-Bibi
pilier de bar
pilier de bar
Messages : 870
Enregistré le : 11 mars 2006 22:41
Localisation : Partout et nulle-part
Contact :

Re: Préjugés, sexisme: combat permanent

Message par Chéri-Bibi » 11 janv. 2018 15:16

Norma Bates a écrit :
Chercher des explications plausibles à la connerie dangereuse n'est pas l'excuser.
Oups, je ne comprends pas ta phrase, sorry.
Désolé d'atteindre aussi vite le point Godwin, mais (re)lit La mort est mon métier de Robert Merle. Les circonstances amenant à la connerie n'excusent pas celle-ci. surtout quand elle se traduit en actes néfastes.

Et affirmer le contraire, c'est justement le propos de cette tribune de merde dans Le Monde: les frotteurs du métro devraient mériter patience et compassion vu qu'ils expriment une misère sexuelle...

Non, les frotteurs du métro méritent juste un coup de genou dans les noix, misère sexuelle ou pas.
IN GIRUM IMUS NOCTE ET CONSUMIMUR IGNI
Nous tournons en rond dans la nuit et le feu nous dévore

Avatar du membre
Norma Bates
modérateur/trice
modérateur/trice
Messages : 1176
Enregistré le : 21 mai 2007 12:48
Vous sentez-vous assez intolérant et punk intégriste pour fréquenter ce forum ? : Y'a pas plus punk intégriste que moi !
Localisation : Derrière la fenêtre

Re: Préjugés, sexisme: combat permanent

Message par Norma Bates » 11 janv. 2018 15:50

Chéri-Bibi a écrit :
Norma Bates a écrit :
Chercher des explications plausibles à la connerie dangereuse n'est pas l'excuser.
Oups, je ne comprends pas ta phrase, sorry.
Désolé d'atteindre aussi vite le point Godwin, mais (re)lit La mort est mon métier de Robert Merle. Les circonstances amenant à la connerie n'excusent pas celle-ci. surtout quand elle se traduit en actes néfastes.
Et affirmer le contraire, c'est justement le propos de cette tribune de merde dans Le Monde: |...]
Pour commencer, je n'ai pas dit que ce qui pourrait expliquer les propos de Millet, les excusait pour autant. J'ai écrit: "Je ne dis pas que ses propos sont défendables, je dis qu'ils ont sûrement une raison, d'être aussi déplacés". Et je dis, que ce n'est pas pour autant que j'aurais envie de la frapper.
Désolé d'atteindre aussi vite le point Godwin, mais (re)lit La mort est mon métier de Robert Merle. Les circonstances amenant à la connerie n'excusent pas celle-ci. surtout quand elle se traduit en actes néfastes.
[...]les frotteurs du métro devraient mériter patience et compassion vu qu'ils expriment une misère sexuelle...
Non, les frotteurs du métro méritent juste un coup de genou dans les noix, misère sexuelle ou pas
Puisque tu parles de point Godwin, débattons aussi de la peine de mort, tant qu'on y est..... :hausse: Et puis, le point de vue de Robert Merle, et le tien, ce sont des points de vue... Cela n'est pas une vérité absolue et froidement applicable à absolument tout. Les propos de Millet ne méritent, selon moi, pas autant de violence en face, mais c'est mon point de vue. Et même pas de savoir si on l'excuse ou pas, d'ailleurs. Ce qui serait bien par contre, c'est qu'elle réfléchisse et peut-être, comprenne qu'elle a dit une bêtise. Quelque-chose de difficilement entendable. C'est une femme qui n'est pas idiote, je pense. Elle a pu souvent parler d'émancipation, du plaisir et du désir féminins, de liberté des femmes. Et elle a un regard personnel sur le sujet, qu'elle exprime, mal. C'est aussi que son regard, est selon moi, mais je me trompe peut-être: périmé, poussiéreux. Elle a cette vision de la "libération de la femme" et "des mœurs", liée à sa génération et à ce qu'elle a vécu. Elle ramène toujours 68 sur le tapis, comme une période idéale. où, comme elle l'a dit "Tout le monde baisait avec tout le monde"; pour elle, c'était merveilleux et ça rendait les femmes libres. Elle a une vision archaïque du féminisme, et elle exprime cette vision un peu moisie. C'est cela, que moi, je trouve dommageable: qu'elle parle de féminisme en ramenant cela à son "temps", alors que la société a changé et que les filles d'aujourd'hui ne rencontrent pas les mêmes problématiques.

Parallèlement, tu parles de ce que les frotteurs "méritent" (EDIT: je n'avais pas compris pourquoi tu parlais de cela, j'ai cru que tu comparais les propos de Millet en interview, aux actes des frotteurs, je viens de comprendre que tu parlais de la Tribune signée par plusieurs femmes). Sans parler de la Tribune, mais concernant tes propos sur les agressions sexuelles dans le métro, et bien, je dirais que quand on subit cela, bien souvent, on a juste peur, on est paralysées, on attend juste que ça se passe. C'est bien beau de venir claironner du "tout ce qu'ils méritent c'est un coup dans les couilles", alors que ces propos n'apportent absolument rien, ni aux personnes qui ont subi, ni aux personnes qui ont agressé. Par contre, comprendre pourquoi le gars a fait ça, si c'était la première fois, s'il a reproduit quelque-chose qu'il a vu? s'il a subi des viols lui-même par le passé, ça, ça peut servir ensuite, à l'aider. Oui, je n'ai pas peur des mots: à l'aider. Pour qu'il n'ait plus la pulsion de merde qui l'a poussé à ça et pour qu'il n'agresse plus les femmes. Tu sais, le soutien psychologique et l'éducatif sont des outils qui fonctionnent aussi....
T'es plus patiente que moi alors. Après, je ne suis pas une femme donc je ne cogne pas sur une femme, aussi conne et dangereuse soit-elle. Face à une personne comme ça, je préfère partir.
Si c'est un mec, c'est autre chose.

J'ai croisé Beigbeder il y a des années de cela, dans la rue, la nuit quand tous les chats sont gris, à commencer par moi. Je l'ai vanné parce que je pense que c'est un connard de bourge jet-setteur de merde (comme Catherine Millet), mais si cela s'était passé après la parution de son "manifeste" dans Causeur pour le droit des hommes à disposer du corps des femmes (qu'ils ont osé comparer au manifeste pour le droit des femmes à disposer de leur propre corps), je lui aurait cassé la tête sans passer par la case vannes à deux balles. Et ça aurait été bien fait pour sa gueule.
Cela te soulagerait, tu aurais fais "ta justice", bien. Où serait l'utilité pour les femmes qui subissent des mecs comme lui, par contre? Tu vois, moi j'ai trouvé tes propos de départ au sujet de C. Millet, sexistes et violents envers les femmes (et ça ne t'a pas fait réagir, d'ailleurs). On pourrait même dire qu'ils sont hautement dangereux. Pourtant, si je te croise, je continuerai à discuter avec toi, je ne te collerai pas ma main en travers de la tronche.
¤ L'étoffe des héros est un tissu de mensonges. ¤

Avatar du membre
Chéri-Bibi
pilier de bar
pilier de bar
Messages : 870
Enregistré le : 11 mars 2006 22:41
Localisation : Partout et nulle-part
Contact :

Re: Préjugés, sexisme: combat permanent

Message par Chéri-Bibi » 11 janv. 2018 22:36

Si le ton effectivement sarcastique (et non pas cynique, je trouvais pas le terme) de ma réaction à la phrase de Millet t'as heurté davantage ou autant que sa dite phrase, je te présente mes excuses. Ce sarcasme, visant -peut-être maladroitement car promptement- à renvoyer deux violences l'une à l'autre comme je l'ai expliqué ensuite, était induit par le fait que l'on est dans un topic, sur un forum, où celles et ceux qui s'expriment -maladroitement ou pas- partagent censément les mêmes valeurs antisexistes. Le contexte de l'usage des mots induit leur sens et, dans ce cas, leur double-sens.

Par ailleurs, je n'ai que peu ou pas de compassion (et donc de patience pédagogique) pour ceux -et, dans le cas de Millet, celles- qui sont en position sociale de pouvoir (symbolique, financier,...) et s'en servent pour fouler aux pieds la dignité d'autrui. Face à ces cas de figure, à cette violence symbolique, je pense effectivement qu'y opposer une violence franche et directe est un acte d'autodéfense pour l'opprimé(e).
Et ne parlons bien sûr pas de la peine de mort pour les bourgeois, on ne va pas être d'accord :twisted: (là je plaisante -puisque l'usage du sarcasme nécessite visiblement d'être souligné).

Ayant développé le sujet à maintes reprises dans mes écrits (que ce soit dans ChériBibi, ou dans mes articles "récents" pour Le Monde Diplo sur les liens entre féminisme, lutte de classe et arts martiaux), je me permet de te renvoyer à trois ouvrages que je considère comme indispensables. Notamment pour ce qui est de la différence de réaction entre hommes et femmes -puisque tu l'évoques à raison- lié à l'éducation genrée dans une société patriarcale.

ImageImageImage

Bien sûr, il ne s'agit pas de prétendre te donner la leçon, mais ces ouvrages expriment des points de vue que je partage entièrement, ce dans une complexité que je ne me sens pas de retranscrire là.
Sachant que plus de 99% des femmes ont subit ou vont subir une agression d'ordre sexuelle (physique et/ou psychologique), je suis personnellement pour que l'on enseigne l'autodéfense à toutes les jeunes filles dès la primaire.
L'égalité des sexes passe par le partage d'un usage défensif de la violence.
Modifié en dernier par Chéri-Bibi le 11 janv. 2018 23:07, modifié 1 fois.
IN GIRUM IMUS NOCTE ET CONSUMIMUR IGNI
Nous tournons en rond dans la nuit et le feu nous dévore

Avatar du membre
Chéri-Bibi
pilier de bar
pilier de bar
Messages : 870
Enregistré le : 11 mars 2006 22:41
Localisation : Partout et nulle-part
Contact :

Re: Préjugés, sexisme: combat permanent

Message par Chéri-Bibi » 11 janv. 2018 22:57

Norma Bates a écrit :Et je dis, que ce n'est pas pour autant que j'aurais envie de la frapper.
C'est ton point de vue, oui, comme mes propos reflètent le mien, pas une "vérité froide" sortie d'on ne sait où. Nous sommes dans l'expression de notre subjectivité (radicale ou non), cela va de soi. Et mon point de vue est que ses propos mériteraient une grosse tarte dans la gueule de la part d'une autre femme.
Norma Bates a écrit :Elle a une vision archaïque du féminisme, et elle exprime cette vision un peu moisie. C'est cela, que moi, je trouve dommageable: qu'elle parle de féminisme en ramenant cela à son "temps", alors que la société a changé et que les filles d'aujourd'hui ne rencontrent pas les mêmes problématiques.
Oh si, les femmes rencontrent les mêmes problématiques. C'est juste qu'elles les rendent de plus en plus visibles. L'époque que cherchent à fantasmer les signataires de la tribune dans Le Monde (dont Millet fait partie, je te le rappelle) était une chape de plomb sur les violences faites aux femmes. Elle a beau jeu la "révolution sexuelle"... (surtout pour une bourge comme Millet qui n'évoluait pas dans les mêmes sphères que la majorité des femmes de son âge).

Petit rappel pas si lointain (désolé de renvoyer à Madame Figaro !): http://liens.madame.lefigaro.fr/societe ... ign=Madame
IN GIRUM IMUS NOCTE ET CONSUMIMUR IGNI
Nous tournons en rond dans la nuit et le feu nous dévore

bub
squatteur/euse
squatteur/euse
Messages : 690
Enregistré le : 08 mars 2005 10:25
Localisation : Toulouse
Contact :

Re: Préjugés, sexisme: combat permanent

Message par bub » 12 janv. 2018 10:31

J'ai lu un certain nombre de réactions sur cette tribune réac et je trouve que cette dernière est la plus aboutie, vu qu'elle met clairement les points sur les i:
La tribune signée par Deneuve est « l’expression d’un antiféminisme »

Christine Bard, spécialiste de l’histoire du féminisme, explique en quoi la tribune parue dans « Le Monde », signée par cent femmes, relève d’un contre-mouvement classique.

La tribune d’un collectif de cent femmes, dont Catherine Deneuve, publiée le 9 janvier dans Le Monde, défendant la « liberté d’importuner » a suscité de vives réactions. Des féministes, emmenées par la militante Caroline De Haas, y ont répondu par une autre tribune, publiée sur Franceinfo, les accusant de « refermer la chape de plomb » soulevée par le scandale Weinstein et de « mépriser » les victimes de violences sexuelles.

Christine Bard, historienne, spécialiste de l’histoire du féminisme et de l’antiféminisme, a coordonné le Dictionnaire des féministes, France XVIIIe-XXIe siècles (PUF, 2017). Elle explique en quoi la tribune signée par l’actrice relève de l’antiféminisme, et observe que le mouvement #Metoo a transcendé les clivages qui traversent le féminisme.


Comment analysez-vous le propos de la tribune de ces cent femmes ?

Christine Bard : Il était prévisible que la grande prise de parole à laquelle on assiste depuis plusieurs mois pour dénoncer les violences sexuelles donne lieu à ce type de réaction. Cette tribune développe une rhétorique antiféministe. Elle reprend des arguments classiques, déjà présents au XIXe siècle : l’accusation de censure, d’atteinte à la liberté sexuelle, de haine des hommes et de la sexualité, de victimisation des femmes, sans oublier l’accusation de totalitarisme.

La logique du propos est en apparence moins réactionnaire que celle des courants antiféministes classiques, car ce qui est mis en avant, c’est la liberté. Mais cette notion est manipulée pour défendre « la liberté d’importuner » — c’est-à-dire la liberté sexuelle des hommes —, et pour minimiser, voire légitimer, les comportements machistes et violents.

Les signataires, qui ont des profils variés, ne s’affichent pas comme antiféministes. Mais qu’elles le veuillent ou non, elles s’inscrivent dans ce courant, qui se nomme et s’avoue d’ailleurs rarement comme tel.

La conception naturaliste de la sexualité qui se dégage du texte est également frappante, car elle est réduite à une pulsion, sauvage par essence. Les féministes considèrent au contraire que c’est la culture qui façonne nos comportements sexuels, et qu’il est donc possible d’agir sur les mentalités.

Comment s’explique cet antiféminisme ?

La domination masculine, qui existe depuis des siècles, est de plus en plus attaquée depuis le XIXe siècle, au nom de l’égalité des sexes. Le féminisme est un processus révolutionnaire en marche, mais fragile, qui change et changera nos sociétés de fond en comble. Il modifie par exemple la représentation que nous avons de la sexualité, nos fantasmes et nos comportements. Un changement aussi important ne peut pas faire l’unanimité. C’est une évolution nécessairement heurtée, qui provoque des réactions passionnelles.

Quand on voit la virulence des oppositions au droit des femmes à faire de la bicyclette à la fin du XIXe siècle ou à leur droit de vote, aujourd’hui cela nous fait sourire. Dans cinquante ans, on trouvera sans doute hallucinant notre débat sur cette tribune, et le fait qu’on ait pu nier à ce point la violence faite aux femmes au quotidien.

Le fait que la tribune soit signée par des femmes vous surprend-il ?

Non, car il y a toujours eu des femmes antiféministes qui ont craint ces changements et estimé dangereuses les revendications féministes. Les résistances ne sont pas seulement dans la tête des hommes, mais aussi dans celle des femmes. C’est un travail considérable que d’essayer de comprendre nos habitus sexistes…

Le féminisme fait peur, car il bouscule les manières de penser, de vivre, de s’exprimer, et interroge les schémas « genrés » qui fabriquent nos identités. Aujourd’hui, on trouve les suffragettes britanniques admirables. Mais à l’époque, la majorité des femmes était hostile à leurs manifestations. De même, en France, à la fin du XIXe siècle, la plupart des féministes étaient encore opposées au droit de vote pour les femmes !

De son côté, la tribune des cent femmes s’en prend à un féminisme fantasmé comme une marâtre qui empêche de jouir et va gâcher le jeu avec les hommes. Or les féministes ne sont évidemment pas contre la liberté sexuelle. D’ailleurs, sans elles, de quelle liberté sexuelle parlerait-on aujourd’hui ? C’est à elles que nous devons la contraception, la liberté d’avorter, l’éducation sexuelle, la critique de la norme hétérosexuelle, et cette révolution sexuelle d’inspiration féministe est d’ailleurs loin d’être achevée.

Vous distinguez trois vagues historiques dans le féminisme, correspondant à trois cycles de mobilisation. Avec le mouvement #Metoo, assiste-t-on à la quatrième ?

Non, nous sommes toujours dans la troisième vague, qui a commencé à la fin du XXe siècle et a mis au premier plan les violences faites aux femmes. Elle se caractérise aussi par une diversification des luttes, à l’image de la pluralité de nos identités, et par l’usage d’Internet, qui a modifié les façons de se mobiliser et a joué un rôle crucial pour #Metoo.

La première vague, des années 1860 à 1960, s’intéressait en priorité à l’accès des femmes dans l’espace public, tandis que la deuxième, des années 1968 à la fin du XXe siècle, a mis la sexualité et le droit à disposer de son corps au cœur de son combat. C’est aussi à ce moment-là que la parole sur le viol a commencé à se libérer.

Le féminisme n’est pas un bloc monolithique, mais regroupe des sensibilités différentes. Avez-vous observé des dissensions face au mouvement #Metoo ?

Non, justement, je ne vois pas de divergences. Les féministes ont des désaccords très profonds sur certains sujets, comme la prostitution, le voile ou encore la pornographie. Mais en ce moment, la cause des violences faites aux femmes transcende les clivages, car elle concerne tout le monde.

Quand le droit de vote a fini par être admis par toutes les féministes, il est devenu le symbole de leur unité. Dans le cas présent, défendre une culture non sexiste dans laquelle les femmes peuvent vivre en sécurité, sans être exposées à la peur des violences, est aussi un objectif fédérateur.

Que la tribune des cent femmes puisse être lue comme l’expression d’un courant féministe signifie qu’on a une représentation du féminisme comme étant l’expression collective de femmes. Mais c’est un amalgame : ce n’est pas parce qu’on s’exprime en tant que femme qu’on a un discours féministe.

Que change le mouvement #Metoo pour le féminisme ?

Les centaines de milliers de femmes qui ont pris la parole ne sont pas toutes, loin de là, des féministes, mais leur parole a une portée féministe et légitime les luttes que mènent les militantes depuis plus de quarante ans.

Ce qui se passe aujourd’hui est la rencontre entre le féminisme, mouvement minoritaire, et cette parole innombrable. On ne mettra pas fin au sujet avec une ou deux lois de plus. Un profond changement culturel passera notamment par l’éducation. Nous ne sommes qu’au tout début de la lutte contre le sexisme et la « culture du viol ».

Cela pourrait aussi retomber : la domination masculine n’a pas été abolie parce que #Metoo a vu le jour. A chaque avancée, elle se recompose ; c’est ce que les recherches sur l’histoire des femmes et du genre ont mis en évidence. Un nouveau monde ne se construit pas en un jour, et ne peut éviter le conflit. Mais c’est le début d’un mouvement, non violent, mais porté par une exaspération et une intensité extraordinaires.
C'est dispo sur li monde, et tant qu'à faire, il y a un autre article pas mal du tout qui déconstruit les stéréotypes lourds sur les femmes au volant (le stéréotype qui fait soi-disant rire tout le monde, quoi ? on peut plus rire de tout ?)...
http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/art ... 55770.html
Selon une étude TNS Sofres parue en 2012, le kilométrage annuel des utilisatrices principales d’une voiture (11 200 km) est pratiquement le même que celui des hommes (12 500 km).[...]
Les hommes représentent entre 63 % des infractions de troisième et quatrième classes, punies d’amendes allant de 45 à 375 euros, et jusqu’à 95 % des délits.[...]
Le rapport dressant le bilan des infractions routières en 2016 révèle que 91,6 % des personnes condamnées pour conduite sans permis sont des hommes – et seulement 8,4 % sont des femmes. Cette proportion est encore moindre en ce qui concerne la conduite malgré une suspension de permis : 93,1 % des condamnés sont des hommes, contre 6,9 % de condamnées.[...]
Sur 114 810 condamnations pour conduite en état alcoolique en 2015, les hommes représentaient 89,1 % des effectifs des infractions, et les femmes, 10,9 %. Les chiffres des condamnations pour blessures involontaires sans circonstances aggravantes sont tout aussi éloquents : 71,8 % des condamnés sont des hommes, contre 28,2 % de femmes.
De même, les condamnations pour blessures involontaires sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants frappent significativement plus les hommes, qui représentent 88,8 % du panel des condamnés, contre seulement 11,2 % de femmes.

Avatar du membre
Norma Bates
modérateur/trice
modérateur/trice
Messages : 1176
Enregistré le : 21 mai 2007 12:48
Vous sentez-vous assez intolérant et punk intégriste pour fréquenter ce forum ? : Y'a pas plus punk intégriste que moi !
Localisation : Derrière la fenêtre

Re: Préjugés, sexisme: combat permanent

Message par Norma Bates » 12 janv. 2018 10:33

Chéri-Bibi a écrit :
Norma Bates a écrit :Et je dis, que ce n'est pas pour autant que j'aurais envie de la frapper.
C'est ton point de vue, oui, comme mes propos reflètent le mien, pas une "vérité froide" sortie d'on ne sait où. Nous sommes dans l'expression de notre subjectivité (radicale ou non), cela va de soi. Et mon point de vue est que ses propos mériteraient une grosse tarte dans la gueule de la part d'une autre femme.
Tu ajoutes maintenant "de la part d'une autre femme", mais ton propos de départ, ce n'était pas ça, c'était:
"Quand il s'agit de violence envers les femmes, certains répliquent parfois "Oh eh, il y en a qui cherchent aussi !"
Eh bien pour la première fois de ma vie, j'ai bien peur d'être d'accord avec eux".

Tes propos ne m'ont pas heurtée personnellement. Et je comprends bien la notion de sarcasme. C'est juste que venir citer les propos d'une femme ici, sur ce topic, en y ajoutant que pour une fois, tu pourrais te sentir d'accord avec ceux qui, en terme de violence envers les femmes, disent que "certaines cherchent, aussi": cela me parait dangereux, et violent envers les femmes en général. Cela pourrait signifier quoi finalement? Que dans certaines circonstances particulières (ici, le fait que tu rejettes ce que pense cette femme, à qui tu ne reproches pas que les propos, mais aussi ce qu'elle est, sa position sociale, ce qu'elle incarne à tes yeux) on peut légitimement frapper une femme, et qu'elle peut l'avoir bien cherché. C'est dangereux de dire ça, selon moi. Même si c'est "maladroit", même si c'est sarcastique, même si c'est tout ce qu'on veut. Mais, peut-être que j'extrapole, c'est possible.
Chéri-Bibi a écrit :
Norma Bates a écrit :Elle a une vision archaïque du féminisme, et elle exprime cette vision un peu moisie. C'est cela, que moi, je trouve dommageable: qu'elle parle de féminisme en ramenant cela à son "temps", alors que la société a changé et que les filles d'aujourd'hui ne rencontrent pas les mêmes problématiques.
Oh si, les femmes rencontrent les mêmes problématiques. C'est juste qu'elles les rendent de plus en plus visibles. L'époque que cherchent à fantasmer les signataires de la tribune dans Le Monde (dont Millet fait partie, je te le rappelle) était une chape de plomb sur les violences faites aux femmes. Elle a beau jeu la "révolution sexuelle"... (surtout pour une bourge comme Millet qui n'évoluait pas dans les mêmes sphères que la majorité des femmes de son âge).
Je voulais dire, qu'aujourd'hui, les femmes et jeunes filles rencontrent des problématiques supplémentaires. Là-dessus, j'ai longuement réfléchi et même longuement écrit (mais pas su où publier). Les réseaux sociaux, les téléphones portables, le porno gratuit et accessible partout, montrant des violences quasi systématiques envers le corps des femmes: ça c'est nouveau, et Catherine Millet, en nous racontant ses partouzes "raffinées" à Neuilly dans les seventies, se montre totalement à l'ouest sur ces problématiques d'aujourd'hui. Non seulement il y a un fossé social, tu as entièrement raison, entre ce dont elle se permet de parler et ce qu'elle a vécu, mais aussi un fossé culturel et générationnel.

Et sur le reste, sur la self-défense (contre les frotteurs, dans le présent sujet) et bien là, tu vois, tu rejoins précisément C. Millet, qui dit que les femmes ne devraient pas rester des victimes sans défense. Elle ajoute qu'elles ne devraient pas se sentir détruites, parce qu'elles ont subi cela dans le métro et elle dit maladroitement "qu'on peut s'en sortir", et là, elle déconne sérieusement, parce que ce n'est pas le sujet, finalement. Par contre, c'est sûr que Millet, n'aura certainement pas l'occasion d'être exposée à des mecs odieux dans les transports en commun, de par son statut social, oui. Elle parle de choses qu'elle ne connaît pas, auxquelles elle n'a aucun risque d'être confrontée. Donc, elle ferait mieux de se taire sur ce point. Là-dessus, on est totalement d'accord! Pour ma part, je parlais juste de la phrase que tu citais dans son interview du mois de décembre sur France Culture (avant la Tribune). Je ne parlais ni de la Tribune récente, que je rejette, ni de son interview d'hier à elle, par Baddou sur France Inter.

De mon côté, celle que je pourrais fantasmer de secouer verbalement (pour te montrer, que je comprends ce que tu as voulu dire, sur le fond), c'est P. Sastre. Cela ne m'étonne pas qu'elle, ait signé cette merde. J'ai pu discuter de ses écrits via un forum féministe et c'est véritablement de la pourriture en barre qu'elle dégueule, dans ses livres (comme La domination masculine n'existe pas) et sur des sites comme Slate, où je ne comprends même pas qu'elle soit lue, tellement elle se montre violente, idiote et misogyne.... Elle, oui, elle me révolte. Qu'on la laisse parler - soit-disant journalistiquement - féminisme (cracher sur le féminisme), alors que je la verrais plutôt apte à présenter C'est mon choix, ça me sidère.

Chacun sa sensibilité propre, face à des propos qui nous débectent plus particulièrement, en effet, c'est vrai. Désolée si je me suis montrée hermétique à la tienne, de prime abord.
¤ L'étoffe des héros est un tissu de mensonges. ¤

Avatar du membre
Chéri-Bibi
pilier de bar
pilier de bar
Messages : 870
Enregistré le : 11 mars 2006 22:41
Localisation : Partout et nulle-part
Contact :

Re: Préjugés, sexisme: combat permanent

Message par Chéri-Bibi » 12 janv. 2018 13:25

Eh bien, m'étant excusé de mon côté que mon sarcasme initial ait pu être maladroit et de fait te heurter involontairement ; toi de ton côté avouant (à demi-mots certes mais c'est un début) que quand même tu fouterais bien une grosse tarte dans la tronche à Peggy Sastre, il semble que la discussion ait abouti à des compromis constructifs. ;)
IN GIRUM IMUS NOCTE ET CONSUMIMUR IGNI
Nous tournons en rond dans la nuit et le feu nous dévore

Avatar du membre
Chéri-Bibi
pilier de bar
pilier de bar
Messages : 870
Enregistré le : 11 mars 2006 22:41
Localisation : Partout et nulle-part
Contact :

Re: Préjugés, sexisme: combat permanent

Message par Chéri-Bibi » 12 janv. 2018 13:33

Norma Bates a écrit : Et sur le reste, sur la self-défense (contre les frotteurs, dans le présent sujet) et bien là, tu vois, tu rejoins précisément C. Millet, qui dit que les femmes ne devraient pas rester des victimes sans défense.
Sans vouloir en rajouter, ce n'est pas ça qu'elle dit (ou alors elle le dit vraiment très mal... mais en fait non. Elle le dit vraiment très mâle). Certes ce propos est (légèrement) antérieur à la tribune, mais n'oublions pas qu'elle a signé celle-ci. Et que l'interview cité plus haut par Bub est explicite dans son analyse. Pour ces femmes anti-féministes (Catherine Deneuve avait déjà réagit négativement au hashtag anti-harcèlement au moment de l'éclatement de l'affaire Weinstein), il ne s'agit pas de réagir frontalement mais de fermer sa gueule et relativiser, comme quoi une agression de ce genre n'est pas si grave...

La "preuve" (attention, c'est du lourd) : https://www.lexpress.fr/actualite/media ... r=CS3-5076
IN GIRUM IMUS NOCTE ET CONSUMIMUR IGNI
Nous tournons en rond dans la nuit et le feu nous dévore

Répondre

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 3 invités