Lyon Antifa fest:réponse de l'auteur de l'affiche+discussion

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Torchons & Soviets
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Lyon Antifa fest:réponse de l'auteur de l'affiche+discussion

Message par Torchons & Soviets » 24 oct. 2013 10:32

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melvinjunko
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Re: 13 & 14 Décembre 2013 - LYON ANTIFA FEST

Message par melvinjunko » 11 déc. 2013 22:39

Suite à cet article publié sur indymédia et relayé un peu partout, j'ai écrit un texte sur mes sentiments vis à vis de la brochure que S. a publié il y a 5 ans et qui s'appelle "Combien de fois 4 ans", dans laquelle elle explique le viol qu'elle a subi.

L'article sur indymédia :
http://paris.indymedia.org/spip.php?article14585

puis la réponse du collectif :
http://paris.indymedia.org/spip.php?art ... forum17995

Voici ma réponse disponible à cette adresse :
http://cdf4amareponse.blogspot.fr/
Il y a quelques années une personne du milieu militant a publié un texte « Combien de fois 4 ans » (http://infokiosques.net/IMG/pdf/2008_Combien.pdf) dans lequel elle évoque une nuit qu’elle et moi avons passée ensemble, il y a 14 ans, en Juin 2000. Elle raconte que durant cette nuit un viol s’est produit. Ensuite, elle prolonge sa réflexion sur le reste de notre histoire, lorsque quelques semaines plus tard, elle débarqua chez moi pour venir passer ses vacances.


Lorsque cette brochure a été rendue publique, il y a 5 ans, j’avais écrit un premier texte, sous le coup de l’émotion. Probablement maladroit, sûrement incomplet, il a depuis disparu dans les limbes du net. On m’a ensuite conseillé de laisser l’histoire suivre son cours. Le fait est que je reconnais que le déroulement de la soirée et de notre rapport est plutôt honnêtement relaté. Ensuite, les conclusions ou le reste de l’analyse étaient pour moi assez claires. Je pensais sincèrement que les gens pouvaient se faire leur idée en la lisant. Et c’est ce que je conseillais à tous les gens qui venaient me demander des informations ou qui voulaient entendre ma version des faits. « Lisez la brochure et dites-moi ce que vous en pensez ».


Dans sa brochure elle relate les faits ainsi :


« On y va. J’avais un peu la pression mais je le trouvais beau et marrant. Et puis chez moi, on s’est déshabillés, tripotés, je n’osais pas lui dire que j’avais un peu peur ; je voulais que la « première fois » se passe vite, sans chichi, parce que beaucoup de mecs tirent une gloire ou une fierté de dépuceler une fille. Et je ne voulais pas ça. J’étais angoissée, et puis à cette époque je connaissais très mal mon corps, surtout mon vagin, j’étais incapable de me détendre. Il met une capote. Elle était mal lubrifiée et ça me faisait mal avant même qu’il rentre. Je lui ai demandé d’enlever la capote, ça m’irritait trop. Il l’a fait.

On s’est frottés un peu, lui me serrait (j’étais écrasée sous lui), je ne savais pas trop quoi faire, je lui disais d’aller doucement, je gémissais pas mal, le repoussais mais l’embrassais. J’attendais que ça arrive. Mais quand j’ai senti que ça allait arriver, j’ai eu très peur, je ne voulais plus, j’aurais voulu qu’il s’arrête. J’ai dit non, sans grande conviction, mais je l’ai dit. Pas très fort, mais plusieurs fois.

Et puis il m’a pénétrée, sans que je m’y attende, un peu comme quand un médecin fait une piqûre en disant « tu vas voir, tu vas rien sentir » ; j’ai eu assez mal. Je crois qu’il a joui pas très longtemps après. Je crois qu’après on s’est endormis. J’étais soulagée, enfin dépucelée ! On s’est réveillés, j’aurait voulu qu’on discute, qu’on soit peut être potes…

Il est parti après avoir mangé un yaourt, m’a dit un truc genre « salut c’était sympa, à la prochaine ». Je l’ai vu se barrer dans les escaliers, me laissant toute seule comme une conne, dégoûtée de me faire planter si vite…
J’ai été au toilettes pisser, j’avais trop mal, comme si j’avais eu des bleus autour du vagin. Je me suis sentie trop nulle et trop seule. L’idée que j’avais été violée m’a traversé l’esprit, mais je me disais que ce genre de chose ne pouvais pas m’arriver, moi si forte et grande gueule et vigilante. Et puis lui était cool et anti sexiste et végan, alors… »

Plus loin dans la brochure elle revient sur ce moment et écrit :


« Ce garçon, je l’ai dragué, je l’ai ramené chez moi, et je me suis mise au lit avec lui. Oui j’avais envie, mais « je ne l’avais jamais fait », bref j’étais vierge et je lui ai dit. J’avais pas envie d’en faire un tout un plat, parce que je n’ai jamais cru dans une histoire de prince charmant, qui vient cueillir ma fleur, mais j’avais un peu peur que ça me fasse mal. Bon, il met une capote, et je ne sais pas si elle était pas assez lubrifiée, ou si c’était moi, mais ça me faisait mal. Genre ça chauffait. Je lui dis de l’enlever. Ce qu’il a fait. En y repensant, je me dis que je n’ai même pas osé dire : j’ai mal, on arrête ; j’avais mal mais je ne voulais pas me dégonfler, j’ai préféré me mettre en danger. Finalement, il m’a pénétrée, sans la capote, alors que j’étais sous lui et que je lui disais « attend, attend, aïe, aïe ». Je ne sais plus si je lui ai dit non, mais j’étais assez paniquée, et ça m’a fait très mal quand il est entré. Heureusement ça n’a pas duré très longtemps, il s’est très vite retiré, juste avant d’éjaculer. Je crois qu’on a du s’endormir juste après, vu qu’on était bourrés. »


Ma version des faits est relativement similaire. Cette jeune fille m’a dragué à un concert, que je venais de faire avec mon groupe, puis m’a ramené chez elle. Nous nous sommes mis au lit, nous nous sommes enlacés, nous nous sommes frottés. Elle m’embrassait et m’a dit qu’elle préférait que je la pénètre sans capote. Nous avons donc couché ensemble. C’était maladroit, mais à aucun moment je n’ai entendu « non ». A aucun moment cette personne m’a fait comprendre ce qu’elle ressentait, son angoisse et son désir de ne pas aller plus loin.


Je ne vais pas faire d’analyse personnelle, je vais simplement reprendre ses termes, elle a voulu « se mettre en danger » et a fait quelque chose qu’elle ne voulait pas faire. Ou, du moins, qu’elle a amèrement regretté ensuite.


En prenant ça en compte je peux entendre qu'elle se soit sentie violée. Comme elle l’explique, elle s’est forcée à faire quelque chose qu’elle ne voulait pas faire, elle s’est mise « la pression » parce qu’elle voulait être « à la hauteur »... Le reste du texte, finalement, n’est qu’une succession de digressions sur le sexisme ambiant ressenti par une jeune fille. Un sentiment visiblement alimenté par mon attitude. Je passerai sur les commentaires sur le fait que je me sois sauvé le lendemain matin, après mangé un yaourt. Elle savait pourtant que j’allais rejoindre mes camarades quelque part dans Paris et qui m’attendaient pour que nous puissions rentrer à Pau, à plus de 800 km de là alors que plusieurs embauchaient le lundi matin. Je passe également sur le fait que je ne l’ai pas, ensuite, accueillie chez moi comme elle l’espérait. A ce moment-là j’avais du travail, j’allais recevoir des gens et j’étais occupé lorsqu’elle débarqua sans prévenir, avec armes et bagages pour s’installer chez moi. Je n’ai jamais considéré qu’il s’agissait d’un vulgaire « trou », mais il était évident dès le départ qu'ils s'agissait d'une relation sans lendemain. J’ai été aussi agacé par le fait qu’elle ait contacté l’autre chanteur du groupe qu’elle avait rencontré au concert et qu’elle ne connaissait pas pour se faire emmener chez moi et me mettre devant le fait accompli.


Je sais que parfois on n’est pas forcément très élégant, et qu’il arrive que certains gestes soient vexants. Ce débarquement chez moi et mon refus de l’accueillir sont une chose. Le sexisme et le patriarcat en sont une autre. Je ne vais pas porter tout le poids du sexisme de notre société sur mes épaules pour cette raison bien que certainEs peuvent penser qu'en tant que garçon, je suis forcément coupable...


« En y repensant, je me dis que je n’ai même pas osé dire : j’ai mal, on arrête »


Lorsque je lis ça, je me demande comment j’aurais pu comprendre ce qui était visiblement encore très confus pour elle à ce moment-là. Si j’entends l’expression d’un traumatisme qui se dégage de cette histoire, je me pose une question sincèrement : qu’aurais-je dû faire ? Comment aurais-je pu comprendre ce qui se passait ? Je ne l’ai pas agressé, mais je lis qu’en se laissant faire, elle se serait laissé agresser. Pourtant je n’ai pas forcé le rapport, je me suis retrouvé au lit avec une jeune fille qui souhaitait coucher et qui a couché avec moi. Qui m’a dit « j’ai mal » et qui en lieu et place d'un « arrête » m’a dit « enlève la capote », tout en continuant à m’embrasser. Alors, est-ce que j’ai manqué d’attention à ce point pour ne pas comprendre que cette fille, finalement, sans me le dire et au-delà de son attitude, était en train de paniquer ?


La situation est compliquée. Je pense à ces gens qui sans vraiment connaître la situation me pointent du doigt et m’accusent d’être un monstre. Ont-ils seulement conscience de la complexité de la situation ? Cette fille décrit le poids du patriarcat et du sexisme ambiant qui l’a amenée à se comporter ainsi pour suivre ces schémas. Faire ce qu’au final la société patriarcale attendait d’elle. Est-ce que je dois endosser cette responsabilité ?




Si sur la première partie de la brochure, en tant que lecteur, je suis le témoin impuissant de la narration d’un trauma, rapidement le ton change. Il devient une charge contre la société et contre le sexisme dans les milieux militants. A partir de ce moment-là, on quitte le ressenti personnel pour verser dans la généralisation et la banalisation d’une accusation aussi grave que sans aucun fondement : « M. Le punk violeur »


Elle explique : « Je me rappelle très très vaguement d’une discussion, une fois. Une copine parle de M., le punk qui m’a violée quand j’avais 18 ans. Elle raconte qu’il a été limite avec sa copine, qu’il est pas clair avec les filles. Je crois qu’elle prononce le mot viol. Je ne me rappelle plus exactement ce qu’elle a dit. Ce que je me rappelle très précisément, c’est d’avoir pensé très fort « ce mec est un violeur, et il m’a violée moi aussi », et juste l’instant d’après « mais non enfin, tu tripe ». Et j’ai fini par lâcher, en me sentant totalement conne : « oh ça craint, t’es sûre que t’es un violeur… c’est le premier mec avec qui j’ai couché ». Point. »


Elle se rappelle très très vaguement une discussion où peut être le mot viol a été prononcé ? Ce que j’ai fait à elle, je l’aurai donc fait à d’autres ? Ce n’est plus « je me suis mise en danger » en couchant avec lui, c’est « je suis victime d’un agresseur, d’un prédateur sexuel qui passe de victime en victime ».


Mais sur quels fondements ? Aucun. Rien. Du vent. Il n’y a strictement rien du tout. Et sur ce rien, on construit une accusation : violeur en série. Le pire ? C’est que je serais, comme elle dit, très bien vu dans les milieux squats et punks… Pire que si j’avais été mal vu ? Non, bien sûr. Ce que ça veut dire c’est qu’une fois entendu le fait que je sois un violeur en série, l’accusation se projette sur la scène. Sur mes proches et mes amis. Ils soutiennent et protègent un violeur en série. Ils protègent l’infâme bras armé du patriarcat.


Depuis quelques années c’est ce que je subis. La plupart des gens que je connais ont lu la brochure et ont tiré leurs propres conclusions. Et ils sont restés mes amis.


Aujourd’hui j’entends des choses un peu partout : à Lyon on explique aux gens pour qui je viens de dessiner une affiche que j’ai violé des filles à Lille, en Rhône Alpes… Avant que la personne ne se rende compte que « oups », elle a confondu avec quelqu’un d’autre. Je me renseigne, je me rends compte que c’est pas la première fois que cette « méprise » arrive. Les gens confondraient les histoires. Je ne vais pas resortir de vieilles histoires, mais certainEs doivent se souvenir qu'à Lyon, il y a déjà eu des précédent à ce niveau là. Il semble qu'aucune leçon n'en ait été tiré.


Mais c’est pas grave, l’idée est là. Je suis un prédateur sexuel, comme si ça avait été démontré, sur des faits précis, clairs. Irréfutables. Bien qu'elle soit complètement infondée, cette assertion veut faire de moi une menace, une ordure finie. Le problème dépasse la soirée racontée au début de la brochure, il devient la préservation du milieu contre les agresseurs. Lorsqu’au CCL à Lille on m’a refusé l’entrée alors que j’étais le chauffeur de la Fraction qui devait jouer ce soir-là, c’est ce qu’une personne m’a dit. « Tu sais, il y a des filles au CCL, on ne peut pas te laisser entrer ».


Pour ceux ou celles qui seraient perdus, je vous invite à revenir au début de ce texte pour vous remettre en tête de quoi on parle et ce qu’on me reproche.


Lorsque cette brochure est sortie, j’avais écrit un texte, peut être maladroit, mais écrit sous le coup de la panique, ne sachant pas vraiment comment réagir devant la détresse et l’animosité de la personne qui m’accusait. Et puis je me suis dit que le mieux c’était peut-être de rester discret. La brochure, finalement, exprimait son ressenti. Même si j’étais outré par certaines conclusions issues d'un cheminement intellectuel que je trouvais plus que discutable, c’était sa parole. Lorsque des gens me demandaient des explications à ce sujet, je les renvoyais donc vers cette brochure. Lis, tu te feras ta propre idée.


Puis j’ai commencé à deviner ici ou là une sorte de gêne. Prendre position contre ce texte, ou me soutenir, ou travailler avec moi, n’est-ce pas aller contre la voix des victimes ? Dans un cas comme un viol, la parole de la victime est sacrée. Elle doit être reconnue, protégée. J’ai eu des amies très proches qui ont subis des violences sexuelles, j’ai vu ce que le déni, l’absence de formulation, la pression familiale ou autres pouvaient provoquer. J’en ai été témoin. Mais là, en l’occurrence, en temps qu’accusé « agresseur », je n’arrive pas à me reconnaître comme un agresseur. Et ce n’est pas ma parole contre la sienne. Car ma parole, dans la description de l’acte, rejoint la sienne.



Depuis que cette brochure a commencé à circuler, je pense que tous les gens avec qui je bossais ou avec qui j’étais en contact en ont pris connaissance. Ils l’ont lu, et ils se sont fait un avis.


Lorsqu’on m’a contacté pour réaliser une affiche pour un festoche antifa à Lyon, j’ai expliqué directement la situation, en renvoyant les organisateurs vers la brochure. C’était trois mois avant le festival, le premier Septembre, contrairement à ce que dit leur texte« d’excuse » publié suite aux pressions qu’ils ont reçus. Les lyonnais se sont concertés, ont contacté des gens ici et là et ont à l’unanimité décidé de garder l’affiche. En pleine connaissance des faits. Aujourd’hui, suite aux pressions qu’ils ont reçues, ils ont dû abandonner le visuel, contraints d’avouer dans un texte qu’ils avaient fait « une erreur politique ». Une fois de plus, je ne peux constater l'hypocrisie d'une partie de la scène qui en privé m'assure de son soutien et de son amitié, mais qui n'ose affronter en public les invectives de certainEs, de peur de rejoindre le camp du bras armé du patriarcat. Je n'ai pas besoin d'expliquer pourquoi ce double discours est gênant pour tout le monde.


« Une erreur politique »… Depuis 2008 j’ai dessiné pour les derniers numéros de Barricata, j’ai fait des affiches pour les antifas rennais (Skuds), brestois (pour qui j’ai réalisé l’affiche d’un festival, une pochette de disque), marseillais (O’bundies), pour General Strike, pour l'orga anarchiste La Digne Rage ou pour des assos normandes comme Punk Shadow. Je m’occupe du site internet de La Fraction, Tapage m’a dessiné dans une BD de Peutit Keupon pour illustrer le journal militant A bloc ! J’ai été invité à faire une fresque aux Tanneries pour Maloka, sans compter les gens que j’ai reçu chez moi ou les groupes pour lesquels j’ai dessiné ou travaillé d’une manière ou d’une autre (Heyoka, Pizzza…)


Tous ces gens, je leur demande sincèrement, vous aussi vous avez fait des erreurs politiques ? Comment vous situez vous lorsqu’on parle de vous dans ces termes : « Laisser un agresseur libre de s’exprimer, dans un contexte patriarcal, équivaut à une caution morale que nous condamnons. Dans les faits, cette liberté d’expression n’encourage pas les agresseurs à se remettre en question et dissuade les victimes de parler. Ce schéma, que nous combattons, reproduit parfaitement celui véhiculé par le système patriarcal actuel et par les projets de société prônés par les fascismes. » Comme des « féministes atterrées » l’ont diffusé récemment sur indymédia ? Vous êtes le bras armé du patriarcat, et défendez-vous, vous aussi, un projet de société prôné par tous les fascismes ?


Si je gueule et nie les accusations, c’est la parole de l’agresseur qui tente d’étouffer celle de la victime. C’est forcément odieux. Si je dis rien et que je laisse couler, j’ai vu que je devenais le bouc émissaire d’une lutte qui visiblement cherche des cibles. Lorsqu’on me raconte que des anarchistes lyonnais expliquent que dans cette situation, coupable ou pas, je dois me taire et disparaître parce que sinon ça reviendrait à mettre en cause la parole de la victime, et que c’est impossible dans une histoire de viol. Est-ce que les gens se rendent compte de ce que ça sous-entend ? Retournez au début de ce texte, relisez ce qu’on me reproche, et posez-vous la question.

De nombreuses personnes m’ont répété la même chose « On comprend, tu n’as pas violé cette fille, mais tu ne peux pas l’empêcher de le dire, il n’y a pas de solution ». Ou alors un jour quelqu’un me dit « on reste des amis, mais tu comprendras que je ne te salue pas en public »…

C’est ça que la scène à a proposer contre le système judiciaire bourgeois ? Après 20 ans à bosser dans la scène, à être ce que je suis, tout est balayé à cause de cette histoire.
Le texte d’indymedia explique que je suis forcément un sexiste, je l’ai été, je le suis, je le resterai à vie. Déterminé, condamné à ne vivre qu’avec cette étiquette… Une poignée de personnes décident ainsi qui est coupable, qui doit être banni. De mon point de vue, j’ai du mal à y voir autre chose qu’une idée étrange de la justice et des rapports entre les gens dans un milieu libertaire.


Lorsque je fréquente une fille, c’est pour un échange sincère, honnête. Alors si, il y a 14 ans, quelque chose à dérapé d’une manière ou d’une autre, si je n’ai pas été capable de comprendre la situation ou de voir ce qu’il se passait, et même si j’ai du mal à imaginer comment j’aurais pu le voir, le savoir ou le comprendre, j’en suis sincèrement désolé. Mais je ne peux me résoudre à la contrition que certainEs demandent. Pas lorsque cette histoire dans ses détails et ses doutes laisse place à la figure monstrueuse du violeur en série.


Les gens que je connais, à Paris, Lyon, Marseille, St Etienne, Dijon, Lille, Bayonne, Rennes… ne m’ont jamais regardé comme un violeur. J’ai eu de nombreuses discussions avec beaucoup de gens, filles ou garçons. Des discussions intéressantes, sur l’acte en lui-même, mais aussi et surtout sur cette brochure et sur ce que ça a provoqué. Ce que ça dit pour notre milieu… Est-ce qu’on n’y gagnerait pas tous à rester sur ce terrain, plutôt que de verser dans la menace, ou l’invective ?


L’année dernière, en allant à un concert au CICP, cette personne et trois amies à elle m’ont sauté dessus par derrière pour me chiper ma casquette en hurlant « A l’agression ! » C’est comme ça que ce genre de problèmes doit se régler ? Cette fille ne veut pas me croiser, fort bien, je comprends. Et j’ai pris mes dispositions. On ne se croise pas, plus… Mais je ne peux pas disparaître purement et simplement.


Lorsqu’est sortie cette brochure, je lui ai envoyé un mail pour lui proposer de se rencontrer [1], d’en discuter. C’était peut-être maladroit, mais j’ai cru que ça pourrait être possible… Je ne sais pas, peut-être par l’intermédiaire d’un ami commun.
J’ai peut-être sous-estimé la portée du traumatisme qu’une fille peut vivre lorsqu’elle s’impose elle même un rapport, alors qu'en fait elle n'en voulait tout simplement pas. Je n’ai jamais eu de réponse. Des gens qui parlent beaucoup, qui m’accusent, jamais personne n’a cherché à m’en parler directement, à me demander comment je voyais les choses, est ce que je reconnaissais les faits… Est-ce que je reconnaissais la douleur ? Est-ce que ça voulait dire quelque chose pour moi ? Les relations entre les gens devraient être basées sur des choses positives. Parfois, ça rate. Mais l’intention de nuire c’est autre chose. Sans intention de nuire, ai-je fait du mal à cette fille ? Si j’écoute ce qu’elle dit ça me semble évident. Pourtant il m’est impossible de repenser à cette histoire comme une agression. J’ai rencontré une fille, elle avait l’air sympathique, on a discuté. Puis on est allé plus loin, on s’est embrassé. Elle m’a ramené chez elle, on s’est déshabillé, elle m’a emmené dans son lit, caressé, embrassé. Lorsque le rapport a eu lieu, elle ne m’a pas dit qu’elle voulait qu’on s’arrête, relisez ce qu’elle dit, elle a eu mal et m’a demandé d’enlever la capote…


Comment dans ces conditions me situer vis-à-vis du traumatisme raconté dans cette brochure ? Comment comprendre mon attitude pour travailler dessus et tout faire pour que jamais ça ne se reproduise ? Comment faire ça lorsque des anonymes me traitent de violeur en série. Quand je suis réduit à être présenté comme un prédateur sexuel qui hante la scène à la recherche de proies et qui a forcément une vision du monde profondément sexiste.


Ces « féministes atterrées » qui ont harcelé les camarades antifas lyonnais expliquent que « On ne peut donc pas espérer de sa part une représentation non sexiste d’une femme ». Véritable monstre gluant du patriarcat le plus ignoble, j’ai osé représenter sur une affiche pour unfestival antifa une fille et un garçon côte à côte. Le type tient un fumi, la fille une batte. Scandale, « la fille porte une jupe, ses formes son mises en valeur grâce à un débardeur, elle a un casque et une batte participant au folklore antifasciste, alors que le mec est représenté sans aucun attribut viril notable ». Scandale, la fille a des seins… J’ai dessiné une fille en débardeur. Dans une posture sexy ou équivoque ? Non, j’ai simplement dessiné une fille, en débardeur, et en jupe ! De plus, j’ai fait l’erreur d’utiliser le folklore antifasciste (représentant deux personnages prêt à en découdre dans la rue) pour un festival… antifasciste. Bref, l’accusation que je dois assumer détermine à vie l’ordure que je dois rester. A vie. Elle conditionne simplement tout ce que je fais comme étant l’expression d’un violeur, d’un sexiste, du patriarcat.


Alors puisque vous avez pris du temps à lire ce texte, posez-vous quelques questions… Quel sens prennent les accusations qui fleurissent un peu partout, depuis des années. Pourquoi, et sur quoi elles reposent… Repensez à ce que cette brochure décrit et repensez à vos vies...


Il y a de nombreuses choses à dire et à penser sur le consentement. Sur ce qu’on s’impose, sur le fait de se mettre en danger pour répondre à ce que la société attend de nous. Ou de ce qu’on imagine devoir faire pour être « à la hauteur », « reconnuE », « estiméE »…


14 ans après cette soirée, 5 ans après cette brochure, j’ai l’impression d’un vaste gâchis. L’incapacité de régler d’une manière ou d’une autre cette situation a tendance à déteindre partout. Elle oppose des gens les uns contre les autres, créé des problèmes où il ne devrait pas y en avoir. Est-ce que c’est ce qu’il faut pour réfléchir à la question du consentement, est ce que c’est ce qu’il faut pour que le milieu évolue positivement sur ces questions, est ce que c’est bien pour cette fille et est-ce que la situation lui apporte ce dont elle avait besoin pour se reconstruire de cette histoire vieille de prêt de 15 ans ? J’ai l’impression que le bilan est mitigé.


Et moi ? Qu’est-ce que je dois comprendre de tout ça. Des années après, je ne comprends toujours pas. Je ne comprends toujours pas, en lisant ses mots, ce que j’aurai pu faire d’autre. Comment refuser un rapport qu’on te demande alors que la personne, finalement, le demande pour de mauvaises raisons ?


Je n’ai jamais agressé personne, personne n’a à avoir peur de moi. Tous les gens qui me fréquentent un peu partout, depuis 20 ans le savent bien. Ces questions auraient dû être traitées par le dialogue… Mais aujourd’hui on en est loin, finalement la brochure a laissé place à autre chose. Je suis le symbole de l’agresseur du milieu, celui qui est protégé par ses amis, et au bout du compte, quoiqu’il se soit passé, ça n’a plus d’importance, plus je me débats plus je semble faire pour certains, malgré moi, la démonstration de la puissance sournoise du patriarcat.


Alors me voilà, avec un gout amer dans la bouche, observant horrifié la tournure des évènements pendant que les gens qui m’accusent sans savoir de quoi ils parlent n’auront, eux, jamais à se justifier.

Alors au-delà de cette histoire, je me pose de nombreuses questions sur ce que ça dit de notre scène, du militantisme et du travail qu’il reste à accomplir.




M.









[1] Ce mail, le voici :

Salut

Je viens de tomber sur ton texte, et, en cascade, sur le site infokiosk, ton blog, la brochure... Je sais pas comment te dire ça mais je suis stupéfait. Je me pose tellement de questions et beaucoup sont contradictoires.

Je n'ai pas le même souvenir que toi et je ne peux m'imaginer t'avoir violée ce soir là. Par contre, t'avoir vexée parce que je ne manifestais pas autant d'intérêt que toi dans notre relation, sûrement. Je me souviens également que tu t'étais arrangée avec Fany et Doudou pour venir passer du temps chez nous à Pau, sans m'en parler. Je me rappelle ta déception sur l'aboutissement de ces vacances. Est ce que ton ressenti aurait été différent si ces vacances s'étaient passées autrement ? Te sentais tu déjà aussi blessée que tu l'es aujourd'hui ?! Es tu si mal que plutôt que venir m'en parler à moi, directement ou par mail, tu préfères le dire à tout le monde ?! Il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas, et je suis stupéfait de la situation dans laquelle tu es aujourd'hui... J'aimerai vraiment comprendre comment est ce que j'en suis arrivé à te faire aussi mal... Est ce que c'est possible qu'on en parle, par mail ou en vrai ?

PS, j'ai un problème avec ton texte, tu écris "Peut être que si il s’était pas juste vidé les couilles et parti, j’aurais pas relevé"... à quelques lignes de ça tu parles de moi comme M. le "punk violeur", c'est une accusation grave, cette accusation tient juste au fait que je me sois cassé le matin ? J'aimerai comprendre.


(décembre 2008)

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Norma Bates
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Re: 13 & 14 Décembre 2013 - LYON ANTIFA FEST

Message par Norma Bates » 12 déc. 2013 1:11

Je te réponds direct car j'imagine que tu as dû beaucoup tergiverser avant de poster et que tu dois angoisser pas mal des posts à venir (ou des non-posts) et ça mérite une réponse rapide pour essayer de poser les choses calmement. J'espère que les réponses seront constructives et non agressives. Comme tu le dis, des personnes qui ne te connaissent pas et n'ont pas connaissance des détails, t'accusent ou te montrent du doigt, ou te refusent une entrée, et j'ose espérer qu'on sera loin de ça ici....
Oui, il y a quelques années j'ai « entendu deux-trois personnes parler » des dires de S. puis des tiens, mais mon premier réflexe a été de penser que c'était infâme d'entendre le mot « viol » suivi d'explications troubles et foireuses de la part de gens qui ne savaient pas vraiment au juste. Pour moi, le mot violeur est tellement grave qu'il faut bien réfléchir avant de l'employer en parlant de "on-dit" et ressentis arbitraires comme il peut y en avoir dans la scène. Peut-être que tu as l'impression que depuis, les gens te regardent de travers, mais je ne pense pas que ce soit une généralité, justement pour cette raison.
Je n'ai pas porté de jugement sur toi, ni sur S., parce que je pensais sincèrement que cette histoire vous regardait, vous principalement. Il y a une souffrance vécue par elle, que je conçois (même si je pense sincèrement qu'aucun de vous n'en sois responsable). La première fois pour une fille, même avec le plus doux et aimant des partenaires, ça reste un moment violent, puisque douloureux. Le partenaire ne peut pas se rendre compte de cette douleur, elle est physique et psychique, de fait, et fondamentalement intime. Il y a une incompréhension de ta part (incompréhension que je conçois absolument à la description des faits), mais le gâchis, puisque tu emploies ce mot, c'est que vous n'ayez pas pu en parler tous les deux. Immense gâchis vue les proportions que ça a pris et la souffrance engendrée, des deux côtés. Je considère les langues de merde qui te crachent dessus (comme pourraient le faire les badauds qui s'arrêtent devant un gros titre de Ouest-Torchon) comme de dignes représentants d'une inquisition bien pourrie. Parce que tu souffres de tout ça c'est évident, je te souhaite courage, à S. aussi et j'espère qu'un dialogue personnel entre vous (sans toute la pression de vos entourages respectifs et du milieu punk/contestataire) pourra mettre «d'autres mots » sur la souffrance endurée et à partir de là, commencer à apaiser.
¤ L'étoffe des héros est un tissu de mensonges. ¤

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Yanic
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Re: 13 & 14 Décembre 2013 - LYON ANTIFA FEST

Message par Yanic » 12 déc. 2013 11:06

Pareil, j'ai trouvé cette réponse très bien écrite, en espérant qu'elle soit utile à quelqu'un(e)s.
Par contre, le sujet de cette brochure et les réactions qu'elles suscitent avaient déja été traitées sur ce topic il y a quelques temps, je ne sais pas s'il est utile de relancer le débat une nouvelle fois.
Par contre, il va peut-être falloir s'interroger sur ce que ce revirement des organisateurs indique (puisque visiblement les éléments avaient été porté à leur connaissance lors de la réalisation de l'affiche). Je comprends qu'on puisse se désolidariser dès le début (c'est un sujet sensible, et qui ne se balaye pas d'un revers de manche), mais se renseigner et confirmer ses choix puis s'en défausser publiquement parce que la situation devient explosive entre différences tendances du mouvement militant, c'est un peu plus douteux.

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Re: 13 & 14 Décembre 2013 - LYON ANTIFA FEST

Message par culte de la charogne » 12 déc. 2013 23:59

Sans vouloir alimenter ce débat particulier, le texte publié par M. met le doigt sur des interrogations précises que cette affaire d'affiche ont suscité en moi (et d'autres avant elle), notamment sur le rapport à la justice et à la condamnation que nous pouvons avoir...

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Re: 13 & 14 Décembre 2013 - LYON ANTIFA FEST

Message par hildalalala » 13 déc. 2013 1:59

hello, dommage que pas plus de filles ne participent à ce forum...
une image pour signaler que toutes personnes sont concernées :
Image
ps : ne pas confondre le texte mis en avant avec celui de "juste une histoire de fille" http://infokiosques.net/lire.php?id_article=580, l'infokiosque regorge pleins de lectures utiles !
: soyons pir@tes :

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Re: 13 & 14 Décembre 2013 - LYON ANTIFA FEST

Message par Anomalia » 13 déc. 2013 3:49

hildalalala a écrit :hello, dommage que pas plus de filles ne participent à ce forum...
Mmh tu peux expliciter ?
Sinon, Norma Bates, qui a posté plus haut, est une fille.
"I came to America because I heard the streets were paved with gold. When I got here, I found out three things: first, the streets weren't paved with gold; second, they weren't paved at all; and third, I was expected to pave them."

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Re: 13 & 14 Décembre 2013 - LYON ANTIFA FEST

Message par PariA » 13 déc. 2013 17:32

la participation féminine sur le topic d'origine viewtopic.php?f=6&t=7219 il y a 5 ans, était loin d'être anecdotique. Mais est ce que ce genre de remarque sous-entend que la parole masculine ne peut être entendue sur ce sujet ?
>> T'es vraiment un nulos Paria ! \o/ \o\ |o| /o/ \o/

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Re: 13 & 14 Décembre 2013 - LYON ANTIFA FEST

Message par hildalalala » 13 déc. 2013 18:24

arrêtez de triper, je ne cherche pas de polémique, juste faire passer l'info comme quoi faudrait pas confondre les deux brochures... see you later
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Re: 13 & 14 Décembre 2013 - LYON ANTIFA FEST

Message par Doctor Louarn » 14 déc. 2013 15:24

Effectivement hildalalalala la brochure que tu as mis en lien est intéressante et devrait être lue et diffusée, je pense que pour personne il n'y a confusion entre les deux

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