Les festivals qui n'aimaient pas les femmes

Le punk n'est pas qu'une musique ! Ici on discute de l'actualité, des manifs et des résistances en lien direct avec notre culture. "Make punk a threat again", ça vous dit encore quelque chose ?!
bub
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Re: Les festivals qui n'aimaient pas les femmes

Message par bub » 20 mai 2019 14:35

le ministère de la culture a mis en place un observatoire de l'égalité femmes-hommes depuis 2013
http://www.culture.gouv.fr/Thematiques/ ... mes-hommes
ou l'on apprend que 1% de la musique joué en France est composée par des femmes... (qui sont effectivement 10% à être publié en tant que compositrices).
On trouve aussi la présence des femmes dans les programmations artistiques et dans les médias. Bref, c'est pas très rock'n'roll mais ça permet de remettre une louche sur l'égalité qui reste à acquérir...

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Re: Les festivals qui n'aimaient pas les femmes

Message par abFab » 08 juin 2019 10:22

Un article intéressant... je pense qu'il a sa place dans ce fil parce que finalement tout est lié. Pourquoi les programmation sont elles faites par des mecs ? L'article, même s'il n'aborde pas le sujet, y répond en partie...

Je copie-colle la fin de l'article car elle aborde la partie "légitimité" (mais le reste de l'article explique la construction de cette légitimité, donc il faut le lire pour bien comprendre).

https://leparterre.fr/2019/06/05/pourqu ... -avec-toi/
"Pourquoi ta meuf ne parle jamais de musique avec toi


Partons d’un constat très simple : fermez les yeux (détendez-vous-respirez-faites-moi-un-virement) et demandez-vous : quelles sont les personnes dont vous respectez l’opinion musicale ? Qui, dans votre entourage, a le plus de légitimité à passer de la musique en soirée ? Qui passe pour avoir la culture musicale la plus impressionnante et la plus cool ? Plus généralement, qui, lorsque vous êtes avec vos potes, parle de musique et vous fait découvrir de la musique ? Qui, encore, écoute des musiques « inécoutables », loin de la pop et autres mélodies mainstream ? C’est, bon, vous les avez ? Maintenant, essayez de répondre à cette dernière question : ces personnes là sont-elles, majoritairement, des hommes ? Si vous pouvez répondre par l’affirmative à cette dernière question, alors bienvenue, c’est exactement le cœur de notre sujet.

[...]
En effet, depuis leur plus jeune âge, les filles sont habituées à penser la musique à travers le prisme de « savoirs minuscules », qui sont perçus comme des savoirs secondaires. Alors que les hommes vont se saisir de la musique à travers ce que Bourdieu appelle la « noblesse » inhérente à la masculinité, c’est-à-dire le rassemblement d’un certain nombre de privilèges, notamment celui de l’assurance de la parole et la légitimité à la porter. Ces « savoirs minuscules » deviennent alors des « savoirs nobles », attributs virils par excellence.

Dès lors, il est plus facile de comprendre comment la musique tout particulièrement se constitue comme un terrain d’expression privilégié de la masculinité : c’est l’art le plus classant, perçu comme le plus valorisant du point de vue de l’esprit, dans lequel la masculinité peut affirmer des attributs qui lui sont accolés par un biais naturaliste : la capacité de rationalisation et d’intellectualisation de l’objet.

En effet, et ce sera là le dernier point de notre article, ce sont les hommes qui ont le monopole du discours dans le journalisme musical.

Si l’on se penche sur les chiffres, non seulement les femmes sont rares au sein des artistes musicaux, mais elles le sont encore plus dans la critique musicale. La critique musicale a derrière elle une longue histoire sexiste, et s’est construite autour de la parole des hommes et en la constituant comme un lieu d’attributs virils. En août 2018, la journaliste Jessica Hooper publiait une enquête sur la place des femmes dans le magazine Rolling Stone : « It was us against those guys », dont le titre parle de lui-même. Elle y interviewe les six premières femmes ayant réussi à se faire embaucher par le magazine dans les années 70, et les difficultés qu’elles y ont rencontrés. Elles y relatent les refus catégoriques de la part de leurs confrères d’accorder de la valeur à leur parole et le discrédit rapide dont elles ont été l’objet en étant comparées à des groupies ou des « fangirls ». L’obsession musicale d’un homme pour un groupe ou un musicien est conçue comme une forme d’expertise, alors que celle d’une femme est perçue comme superficielle et vénale.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’écart n’est pas prêt de se résorber. Un récent article d’André Doehring (Male Journalists as « artists » : The Ideological production of recent popular music journalism), montre même que la part des femmes journalistes musicales décroit depuis les années 80. [...]"
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Re: Les festivals qui n'aimaient pas les femmes

Message par Punk is dead » 11 juin 2019 0:16

J'avoue que depuis quelques temps, je me demande en quoi le punk aurait un jour était antisexiste. Outre le bien crade "y'avait des meufs au début" (puis Patti Smith est une catho patriote au passage cf Please Kill Me, et je vais pas m'étendre sur le viol dans une soirée des Runaways).

Rien n'a bougé, rien du tout. On en est encore à "Female Vocals". Dès que y'a une meuf dans un groupe hop ! on met "riot grrrl" (d'ailleurs c'est pas apparu pour rien, et vous en connaissez d'autres des groupes punks qui ont reçu moultes menaces de mort au sein même de la scène ?). J'ai jamais vu un concert punk cool à ce sujet. Ah si, à un concert des Binamé, un relou a été viré de manière fort sympa, ses potes pareils, et le pogo était top cool, chacun-e faisait attention à l'autre.

Je dis ça, moi même je suis pas exempt-e de tout reproche, je vais pas faire le/a chevalier-e.

Le punk est plein de prétentions et de grandes idées, mais globalement, c'est quand même défonce/sexisme/homophobie. J'avais quitté la "scène" (beurk) pour ça y'a des années. Il y a toujours une minorité mais qui bouge là dessus mais globalement. Là où je traîne c'est fabuleux, il suffit de mettre "no sexism" sur l'affiche. Y compris quand tu fais jouer Leptik Ficus ou d'autres fabuleux punks beaufs, et quand toute la soirée c'est la merde totale. Mais bon, c'est écrit sur l'affiche par l'orga, donc ça va.

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Re: Les festivals qui n'aimaient pas les femmes

Message par kolonel muller » 11 juin 2019 19:38

oui oui tu as raison de le rappeler : tout ça, ça dépend beaucoup de ce qu'on entend par " punk " ... Et je crois qu'on pourrait discuter des plombes sans arriver à se mettre d'accord ... Dans la partie politisée de la scène, la réflexion sur ces sujets est beaucoup plus poussée ... C'est d'ailleurs le fait de la fréquenter qui m'a fait évoluer sur énormément de sujets : sexisme, exploitation animale ... Mais évidemment il faut aussi se méfier des beaux-parleurs :p4:

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Re: Les festivals qui n'aimaient pas les femmes

Message par Punk is dead » 12 juin 2019 0:23

Oui je suis d'accord avec toi, moi aussi quelques rencontres, mais aussi des groupes, m'ont fait réfléchir, bouger certains trucs (dont ce sujet).

Ce que je voulais dire, c'est que y'a la prétention de, et la réalité. Et faut pas se leurrer, c'est la minorité de la minorité qui fait gaffe à tout ça. Et plein qui disent le faire, ne font que de la pose et de la comm'... Je pense que le punk est à l'image du monde qui l'a crée, intrinsèquement sexiste (c'est malheureux hein...)

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Re: Les festivals qui n'aimaient pas les femmes

Message par bub » 13 juin 2019 16:43

Punk is dead a écrit :
12 juin 2019 0:23
Je pense que le punk est à l'image du monde qui l'a crée, intrinsèquement sexiste (c'est malheureux hein...)
et toi même, tu penses que tu es à l'image de la société qui t'entoure : intrinsèquement sexiste ?

si tu veux des pistes pour répondre à la question :
https://implicit.harvard.edu/implicit/f ... tatest.jsp
www.meandyoutooapp.fr

:lecture:

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Re: Les festivals qui n'aimaient pas les femmes

Message par jeuhmeuh » 14 juin 2019 8:57

Au lieu d'être défaitiste en disant que le monde est fait comme ça et que ça changera pas ou peu, pourquoi pas boycotter les festivals/orgas/groupes aux comportements ou propos intolérables, et s'intéresser davantage aux festivals/orgas/groupes qui s'engagent de manière concrète?

La semaine dernière, War On Women et Petrol Girls jouaient à Bruxelles (ielles jouent à Lyon et Paris dans les jours qui arrivent là), leurs concerts ont démarré en demandant explicitement que les filles, les gays, les queer viennent devant, occupent l'espace auquel ielles ont droit aussi. Tout le monde, sur scène ou dans la salle a été hyper vigilant pour que chacun-e profite de la soirée et s'y sente bien. Un mec mort bourré venait régulièrement devant en étant relou, genre moulinets avec les bras etc, il était recadré ou évacué à chaque fois, la chanteuse de WOW a même demandé qu'on lui apporte de l'eau quand il était affalé devant en ayant l'air pas bien du tout. Une fille en béquilles était tout devant, dansait et kiffait à fond le concert, sans risque d'être blessée ou bousculée. Je pense que le public était davantage sensibilisé à la base de par la position féministe des groupes, mais aussi la prise de parole dès le début des concerts a aussi fait que tout le monde s'est responsabilisé pour que ça se passe bien.

Sur les stands des groupes, les disques/teeshirts habituels mais aussi de la lecture, dont le bouquin "making safer places" qui apporte des outils/démarches/solutions concrètes contre le sexisme dans "nos" lieux et ailleurs.

Bref, des choses se passent, et méritent qu'on s'y intéresse davantage, pour ça faut peut-être chercher ailleurs que les concerts "habituels". Ca tient qu'à nous de multiplier ce genre d'initiatives, modifier nos pratiques, agir concrètement.

Pour l'inspiration, pencher par exemple sur les orgas/fests/collectifs (et groupes qui y jouent) Ladyfest un peu partout, Ladyfuzz fest out Loud Women en Angleterre, Girls Go Boom ou Out Loud en Belgique, ...

Hop, creuser, se renseigner, et se mettre au boulot! :)

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Re: Les festivals qui n'aimaient pas les femmes

Message par Punk is dead » 16 juin 2019 23:37

bub a écrit :
13 juin 2019 16:43
et toi même, tu penses que tu es à l'image de la société qui t'entoure : intrinsèquement sexiste ?
Je suis pas mieux que les autres. Je suis pas un hippie ou un zadiste qui pense qu'on peut créer des bulles ou des safe spaces dénués de toute domination, en plein milieu d'un monde civilisé comme jamais. Donc je suis un-e enfant de l'Etat, mais je me bas contre ça (pour reprendre un vieux tube punk...)
jeuhmeuh a écrit :
14 juin 2019 8:57
Au lieu d'être défaitiste en disant que le monde est fait comme ça et que ça changera pas ou peu, pourquoi pas boycotter les festivals/orgas/groupes aux comportements ou propos intolérables, et s'intéresser davantage aux festivals/orgas/groupes qui s'engagent de manière concrète?
Ce que je fais... mais c'est désespérant, ici LE lieu où y'a des concerts punks, malgré de moultes histoires forts sombres, on est que très peu à boycotter.

Merci de l'histoire et des sources

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