Keep MySpace out of Punk !!

Le punk n'est pas qu'une musique ! Ici on discute de l'actualité, des manifs et des résistances en lien direct avec notre culture. "Make punk a threat again", ça vous dit encore quelque chose ?!
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momo mib
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Re: Keep MySpace out of Punk !!

Message par momo mib » 02 sept. 2011 9:42

Tiens, en suivant un peu l'histoire de karachi, salamandre et la barbouze Pierre Sellier, je suis tombé sur sa stratégie quant au cyberespace et au web2pointpoint:
Serendip Trusted Infrastructures: Sécurité Nationale
Le Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité nationale présenté en juin 2008 par le Président de la République consacre le cyberespace comme étant une partie intégrante de notre territoire national. Il insiste sur la nécessité d’acquérir des capacités technologiques de haut niveau. Car à l’instar des espaces terrestre, aérien, maritime et spatial, l’Internet est désormais un lieu d’affrontement des nations et de compétition intense entre les intérêts économiques privés.
La maîtrise des technologies de l’information et de la communication est donc une
condition nécessaire du maintien de notre souveraineté nationale[...]
ha ha, j'aime quand on prend autant soin de moi/nous.
Mouarf.

Le reste sur son powerpoint de presentation de stratégie en cyberespace.

http://pierresellier.over-blog.fr/

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PariA
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Re: Keep MySpace out of Punk !!

Message par PariA » 05 avr. 2012 8:33

Myspace, Twitter, Facebook, Google, Apple... même combat !
Écrites en petits caractères et dans un jargon peu accessible : ce sont les magnifiques "conditions générales d'utilisation" (CGU). Que nous avons ici cartographiées. Un monde de combines et d'hypocrisie. Avec des règles acceptées sans même qu'on y jette un coup d’œil, et supposées protéger nos données privées alors que, souvent, elles les transforment en marchandises.
http://owni.fr/2012/04/04/conditions-ge ... ification/
>> T'es vraiment un nulos Paria ! \o/ \o\ |o| /o/ \o/

bub
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Re: Keep MySpace out of Punk !!

Message par bub » 22 juin 2012 7:49

un article qu'il est chouette que pour la peine je mets en entier,
comme quoi les musiciens sur myspoon participent à la "privatisation du Web"...
laberation a écrit : Médias
Facebook et le «temps de cerveau disponible»
21 juin 2012 à 19:06

Si Internet était à vendre, y aurait-il un prince du Qatar ou une multinationale pour en faire l’acquisition ? Cette question incongrue est-elle déjà obsolète ? L’Internet qu’on croit connaître, neutre et ouvert, ne nous appartient peut-être plus. Devenu le nerf de nos sociétés modernes, Internet est né sur un principe génial : le réseau décentralisé. C’est-à-dire un réseau constitué de mille chemins, impossibles à bloquer ou à contrôler. Cette structure anticensure a révolutionné la liberté de publication. Or, l’emprise de multinationales impérialistes telles Google, Apple ou Facebook est en train de mettre à mal cette structure, et de sévèrement faire reculer la liberté de publication.

Prenons l’exemple de Facebook. On se souvient tous de la phrase de l’ancien PDG de TF1 expliquant que la mission de la chaîne était de «vendre du temps de cerveau disponible» à une marque de boisson gazeuse. Facebook, le TF1 d’Internet, est construit sur ce même principe. Il crée des services prétextes pour collecter les informations les plus précises possible sur vous, qu’il utilise pour cibler les messages des annonceurs.

Né comme réseau social, Facebook a d’abord créé votre profil de consommateur en utilisant vos données personnelles (âge, sexe, contenu des messages, amis…). L’étape suivante fut d’inciter les créateurs de contenus (journaux, marques, artistes, partis…) à construire des «espaces» à l’intérieur même de son réseau. Ce faisant, récoltant toujours plus de données, Facebook progresse dans sa stratégie de recréer sur sa propre plateforme une copie d’Internet, sous contrôle et monétisable. L’évolution suivante est bien plus pernicieuse : faire d’Internet un sous-réseau de Facebook, un réseau au service de Facebook. Le bouton «J’aime» symbolise cette stratégie. Le «J’aime» est apparu sur tous les sites grand public il y a quelques années. On pourrait croire que tout ce qu’il fait est d’indiquer à vos «amis» que vous «aimez» la page en question si, et seulement si, vous cliquez dessus. En réalité, ce «bouton», c’est un petit bout de Facebook qui enregistre votre visite lorsque vous chargez la page, que vous cliquiez dessus ou non, et que vous ayez un compte Facebook ou non ! Les créateurs de sites ayant massivement installé ce bouton, on est désormais pisté par Facebook partout où l’on navigue. De sous-réseau d’Internet, Facebook est en train de faire d’Internet son sous-réseau : si jusqu’ici il essayait de recréer les usages d’Internet sur ses pages, il institue désormais les règles que le reste d’Internet s’emploie à suivre.

Peu à peu, une entreprise comme Facebook détricote l’architecture d’un Internet libre : par son marketing et ses innovations technologiques, il crée un point de passage géant, sur lequel beaucoup d’individus et de sociétés construisent leur rapport à Internet. Dès lors qu’on visualise ce glissement d’un Internet constitué de milliards de points de passage, mis en place par des millions d’individus et de sociétés aux intérêts divers, vers un Internet constitué d’un très petit nombre de points de passage, contrôlés par des entreprises dont l’intérêt est strictement financier, on pressent les dangers qu’encourt le réseau : il est plus facile de contrôler, voire couper, une autoroute que mille chemins de traverse.

Cette menace qui pèse sur les fondements technologiques d’Internet est particulièrement sensible pour les créateurs de contenus. Le modèle que pousse Facebook (et d’autres mastodontes tels Apple ou Google), c’est l’installation d’intermédiaires intéressés et non neutres entre les créateurs de contenus et les internautes, compromettant leur autonomie aussi bien éditoriale que financière. Lesquels se transforment en simples fournisseurs de «contenus», perdant au passage le lien direct à leur propre audience. Seuls alors les contenus capables de franchir les «filtres» des géants du Net (règles d’usages, algorithmes, politique «éditoriale» et commerciale) seront vus. Le risque de censure est grand, celui d’autocensure plus encore.

Pourtant, en les laissant s’accaparer l’audience, ils abandonnent en même temps la possibilité d’en tirer profit, via la publicité par exemple. Sur ce point, la docilité des créateurs de contenus surprend. On a vu la presse mondiale plonger tête baissée dans le piège Apple qui, via l’iPad, s’est installé confortablement comme intermédiaire insatiable. On voit Google ou Facebook renforcer toujours plus leur position sans qu’aucune voix audible ne se lève contre.

Pour les créateurs de contenus, la question du rapport de force mérite d’être posée. Seuls, ils ne pèsent pas grand-chose. Ensemble, ils sont la poule aux œufs d’or de Facebook ou Google, et il serait temps qu’ils trouvent un moyen de parler d’une voix un peu plus unie pour réclamer leur part de ces énormes gâteaux que se sont constitués ces mastodontes sur leur propre sueur. Ici, la mise en place d’une charte du «fair usage» pourrait aider la communauté à aligner ses limites.

Concrètement, deux lignes directrices peuvent aider en ce sens : ne jamais installer les «boutons mouchards» ; ne jamais se retrouver en situation où son propre contenu est intégralement consulté depuis des espaces contrôlés par ces prédateurs d’Internet.

Pour les individus, il faut prendre conscience que Facebook est bien plus qu’un réseau social. Qu’en y créant un compte, on nourrit un monstre qui n’a d’autre objectif que d’engloutir goulûment Internet. Que ses services séduisants sont un filtre qui va s’épaissir toujours plus. Il existe des alternatives, comme le réseau social ouvert Diaspora.

Pour les médias, les Etats et les régulateurs d’Internet, il est temps de prendre conscience que l’absence totale de règles éthiques et supranationales sur le réseau Internet profite, une fois de plus, à l’appétit démesuré des multinationales du Net.

Ce qui se passe sous nos yeux, c’est la privatisation du Web : avec la participation passive, si ce n’est la bénédiction, de tous, quelques multinationales sont en train d’acheter Internet pour la somme de… zéro euro.

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Re: Keep MySpace out of Punk !!

Message par Framboise » 22 juin 2012 11:58

Pourrais-tu mettre un lien plus précis stp ? J'aimerais bien diffuser ce texte, mais avec sa source si possible. Merci !
"La religion est la forme la plus achevée du mépris."
(Raoul Vaneigem)

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Re: Keep MySpace out of Punk !!

Message par bub » 22 juin 2012 13:22

Framboise a écrit :Pourrais-tu mettre un lien plus précis stp ? J'aimerais bien diffuser ce texte, mais avec sa source si possible. Merci !
désolé quand il s'agit de média du gran capital, je dévoile jamais mes sources
:-)

http://www.liberation.fr/medias/2012/06 ... ble_828193

sinon, j'ai cru voir un lien interdit ici, mais il a vite été corrigé ! ouf !
moi qui pensait que c'était automatique... on oublie trop souvent le travail harassant de nos admin préféré-e-s)
http://dynamite.lautre.net/forum/viewto ... =4&t=13050

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Yanic
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Re: Keep MySpace out of Punk !!

Message par Yanic » 05 déc. 2012 13:56

Rappel salutaire sur Facebook, paru sur Indy Nantes :
Il faut qu’on parle de Facebook

Depuis plusieurs années, nous faisons fonctionner des serveurs et maintenons des infrastructures de communication pour les mouvements sociaux. Mais de plus en plus de militant·e·s « utilisent » Facebook (ou sont utilisé·e·s par Facebook) et produisent (souvent sans savoir ce qu’illes font) des informations dont se servent de plus en plus souvent les forces de l’ordre. Ne soyons pas irresponsables !

Depuis plusieurs années, nous faisons fonctionner des serveurs et maintenons des infrastructures de communication pour les mouvements sociaux. Nous avons fait de notre mieux pour assurer la sécurité de nos serveurs et nous avons résisté — par divers moyens — aux rêquetes des autorités nous demandant de fournir des données personnelles.

En bref, nous essayons de rendre possible des formes de communication émancipatrices au sein de l’Internet capitaliste.

Nous avons toujours considéré Internet comme un outil pour nos luttes et en même temps comme un terrain politique contesté, et nous avons agi en conséquence. Nous pensions que la plus grande partie du mouvement social l’envisageait de la même manière. Mais comme de plus en plus de militant·e·s « utilisent » Facebook (ou sont utilisé·e·s par Facebook), nous n’en sommes plus si sûr·e·s. Au contraire, notre travail politique nous a paru à côté de la plaque et épuisant. Les communications chiffrées avec des serveurs autonomes ne sont plus perçues comme émancipatrices mais plutôt comme pénibles.

Disneyland

Nous n’avions simplement pas réalisé que, après des coups de speed dans la rue ou des longues discussions collectives, de nombreux militant·e·s semblent resentir l’envie d’en bavarder sur Facebook ; de parler à loisir de tout et avec tout le monde. Nous n’avions pas réalisé que, même pour les mouvements sociaux, Facebook est la plus douce des tentations. Que des militant·e·s comme le reste du monde s’amusent à suivre le flux subtile de cette exploitation qui n’a l’air de faire de mal à personne — et à laquelle, pour une fois, il n’est pas nécessaire de résister. La mauvaise conscience dont souffre de nombreuses personnes parce qu’elles savent ou imaginent les conséquences dramatiques de l’utilisation de Facebook ne semble pas les pousser à agir en conséquence.

S’agit-il vraiment d’ignorance ?

Pour résumé le problème, en utilisant Facebook, les militant·e·s ne rendent pas seulement leurs communications, leurs opinions, leurs « j’aime », etc. transparents et prêts à être analysés. Au contraire — et nous considérons cela encore plus lourd de conséquences — illes exposent des structures et des individu·e·s qui n’ont peu ou pas à voir avec Facebook. La capacité de Facebook de fouiller le réseau pour trouver des relations, des similarités, etc. est difficile à appréhender pour la plupart des gens. Le bavardage sur Facebook rend transparentes certaines structures politiques pour les autorités et les entreprises. Il peut être analysé, trié et agrégé non seulement pour obtenir des informations précises à propos des relations sociales, des personnes clés, etc. mais aussi, à partir des habitudes, pour faire des prédictions. Après les téléphones portables, Facebook est la technologie de surveillance la plus subtile, la moins cher et la meilleure qui soit.

Les utilisateurs et utilisatrices de Facebook, des balances qui s’ignorent ?

Il semble que nous nous soyons trompé·e·s sur les intentions des militant·e·s. Nous pensions qu’illes voulaient prolonger nos luttes sur Internet et utiliser Internet pour servir nos luttes politiques. C’est — encore maintenant — notre point de vue. C’est pourquoi pour nous les utilisatrices et utilisateurs de Facebook sont un vrai danger pour nos luttes. Et plus particulièrement les militant·e·s qui produisent sur Facebook (souvent sans savoir ce qu’illes font) des informations dont se servent de plus en plus souvent les forces de l’ordre. Nous pourrions presque aller jusqu’à accuser ces militant·e·s de collaboration. Mais nous n’en sommes pas encore tout à fait là. Nous avons toujours espoir que ces personnes se rendent compte que Facebook est un ennemi politique et que celles et ceux qui utilisent Facebook ne font que le rendre de plus en plus puissant. Les militant·e·s qui utilisent Facebook nourrissent la machine et ce faisant révèlent nos structures — sans que ce soit nécessaire, sans décision de justice, sans aucune pression.

Notre point de vue

Nous sommes conscient·e·s du fait que nous parlons « d’en haut ». Pour nous, qui travaillons depuis des années — et parfois gagnons notre vie — avec Internet et les ordinateurs, l’administration système, la programmation, la cryptographie et bien d’autres choses, Facebook apparaît comme un ennemi naturel. Et comme nous considérons aussi notre activité comme politique, cela vient s’ajouter à notre analyse du modèle économique de Facebook, où les « users » deviennent un produit, tout en étant en même temps transformé·e·s en consommateur. Dans le jargon on appele ça « la génération de la demande ». Nous savons qu’Internet n’est pas pour tout le monde un sujet politique aussi enthousiasmant que pour nous. Mais le fait que des militant·e·s autorisent ce cheval de Troie nommé Facebook à faire partie de leur vie quotidienne, est moins un signe d’ignorance que d’irresponsabilité.

Nous vous pressons tou·te·s : fermer vos comptes Facebook ! Vous mettez les autres en danger ! Prenez position contre ce monstre de données !

Et aussi : abandonnez Yahoo! Mail et consorts. Arrêtons Google ! Contre la rétention de données ! Pour la neutralité du net ! Liberté pour Bradley Manning ! Longue vie à la décentralisation !

Mort au capitalisme ! Aussi — et surtout — sur Internet ! Contre l’exploitation et l’oppression ! Aussi — et surtout — sur Internet !

Prenez la tête à vos camarades. Montrez leur qu’en nourissant Facebook, illes ont vraiment choisi d’être du mauvais côté !
http://nantes.indymedia.org/article/26691

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Re: Keep MySpace out of Punk !!

Message par RV Raya de Tuica » 05 déc. 2012 20:05

d'ailleurs il faudrait faire une brochure anti facebook à la manière de celle fait anti myspace il y a quelque année car c'est quand meme hallucinant le nombre de groupes, personnes etc qui ont leur page :-?
http://keeptherage.blogspot.com le vendredi en direct de 20h à 22h sur radio laser 95.9Mhz à Guichen (35)

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Re: Keep MySpace out of Punk !!

Message par bub » 13 mars 2017 15:10

et hop ! internet n'oublie jamais ;)
http://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/03/11/sur-internet-nous-travaillons-tous-et-la-penibilite-de-ce-travail-est-invisible_5093124_4408996.html a écrit : « Sur Internet, nous travaillons tous, et la pénibilité de ce travail est invisible »

Le chercheur Antonio Casilli explique comment, derrière des services en apparence gratuits, Facebook, Amazon, Google… ont créé une « économie du clic ».

Quel est le point commun entre le moment ou vous remontez votre fil Facebook, celui où vous regardez des vidéos sur YouTube et lorsque vous cherchez des photos de chatons sur Google ? Dans les trois cas, vous l’ignorez sans doute, vous êtes en train de travailler. Sur Internet, les grandes plates-formes numériques américaines font tout pour capter notre attention et notre temps, nous offrant des services toujours plus sophistiqués pour communiquer, voyager, nous informer, ou tout simplement consommer. Des outils gratuits, du moins en apparence. Car derrière nos loisirs numériques se cache un bouleversement majeur, mondial, de la façon dont nous produisons de la valeur. De manière plus ou moins invisible, plus ou moins insidieuse, la Silicon Valley nous a tous mis au travail.

Dans votre ouvrage, vous expliquez que dès l’instant où quelqu’un se connecte à Facebook, voire à Internet en général, il est mis au travail. De quelle manière ?
C’est un concept que la communauté scientifique appelle le digital labor, c’est-à-dire un travail du clic, composé de plusieurs petites tâches, réalisé sur des plates-formes, qui ne demande pas de qualification et dont le principal intérêt est de produire des données. C’est un travail éminemment social. Sur les réseaux sociaux, par exemple, vous êtes toujours en train de coopérer avec quelqu’un – vous partagez son contenu, likez sa photo, et ainsi de suite –, mais également de travailler pour quelqu’un – le réseau social, qui exploite vos données. C’est ainsi que les grandes plates-formes numériques auxquelles nous avons accès produisent de la valeur.

Quelles sont ces plates-formes, et comment nous font-elles travailler ?
Il en existe quatre types. Le premier type, ce sont les plates-formes à la demande, comme Uber ou Airbnb, qui sous couvert d’une autre activité (transport, location, etc.) font de la production de données, enregistrent nos destinations, notre localisation, nos commentaires, notre réputation, nos évaluations, et qui revendent ensuite ces données.
Le deuxième type, ce sont les plates-formes de microtravail comme Amazon Mechanical Turk, Upwork, l’application mCent… Des sites sur lesquels des millions de personnes dans le monde réalisent des tâches extrêmement simples [chercher sur Internet l’adresse d’un magasin, numériser les informations d’une carte de visite, décrire les éléments d’une image…] pour des rémunérations extrêmement faibles, de l’ordre de quelques centimes d’euros par minute.
Le troisième type, ce sont les plates-formes de gestion de l’Internet des objets. Nos smartphones, nos montres connectées, mais aussi nos télévisions, nos ampoules ou nos thermostats connectés produisent de la donnée qui est ensuite exploitée. Nos maisons se transforment en usine à données, et cette production converge vers les immenses serveurs de Google ou d’Amazon. Le dernier type, enfin, ce sont les plates-formes sociales. Ecrire un post, formuler un tweet, filmer une vidéo pour la partager, mais aussi faire circuler des contenus, signaler ceux qui sont choquants ou inappropriés, c’est du travail, même s’il y a un côté jeu, un côté qui procure du plaisir.

Est-ce vraiment un problème de travailler indirectement et gratuitement pour Facebook ou pour Uber ? Après tout, ils fournissent aussi des services qui sont utiles et pour lesquels nous ne payons pas…
Les personnes qui ne voient pas le souci dans le digital labor sont des privilégiés. Ce sont les gens qui ont le temps et le capital social et culturel nécessaires pour profiter à l’extrême de ce qu’offre le Net. Internet a été conçu pour plaire à ces personnes-là, et celles-ci y trouvent un plaisir fou. Mais dans le même temps, lorsque nous laissons parler notre privilège, nous faisons l’impasse sur des dizaines de millions de personnes en Inde, en Chine ou ailleurs qui nous permettent de profiter d’Internet pour un salaire de la faim. Une plate-forme comme Upwork affiche 12 millions de travailleurs enregistrés, autant pour les Chinois de Witmart. Les microtâches réalisées sur ces plates-formes servent à améliorer les intelligences artificielles et les algorithmes des services que nous utilisons, à filtrer les contenus que nous ne voulons pas voir. Un travail invisible, une économie du clic, faite de travailleurs exploités à l’autre bout du monde.

Comment se fait-il que cet aspect de l’activité sur Internet soit méconnu des utilisateurs du réseau ?
Parce que ces entreprises font appel à des ruses pour nous convaincre de travailler pour elles. Pour commencer, la production de données est la plus simple possible. En 2011, Mark Zuckerberg affirmait qu’un partage sur Facebook devait se faire « sans aucune résistance ». On cherche à fluidifier la production de données. La seconde ruse, qui rend le travail invisible à nos yeux, c’est la « ludification » ; on fait de la production un jeu, ce qui permet aux gens de tirer un plaisir du fait de passer des heures et des heures connectés à des systèmes qui, pourtant, ne cessent de leur adresser des injonctions : clique ici, « like » cette vidéo, commente ton expérience, etc. Sur les plates-formes de microtravail, c’est la même chose. L’interface d’Amazon Mechanical Turk est assez sympa : des icônes partout, un effet d’émulation entre travailleurs, une valorisation de la réactivité, des scores qui débloquent d’autres jobs à accomplir, etc.

En somme, la ludification permet de pousser les gens à constamment interagir…
Pas seulement. En faisant de la production un jeu, et donc en la sortant de la transaction économique, on minimise le risque que les gens s’organisent, prennent conscience qu’ils sont en train de travailler et, finalement, demandent de l’argent. C’est pour cette raison qu’il est très difficile d’organiser une prise de conscience collective : tout est fait pour que l’utilisateur soit mis en dehors de la logique contractuelle ou salariale. « Les personnes qui filtrent les vidéos des égorgements de l’Etat islamique sont aux Philippines, au Mexique, ailleurs. On a délocalisé la pénibilité »

Dans ce cas, le « digital labor » n’est-il pas un travail heureux ?
La vraie question n’est pas celle du bonheur ou du plaisir, mais celle de la pénibilité du travail, qui devient invisible. D’autres que nous se tapent les tâches pénibles, les visionnages de contenus méprisables, affreux, terribles, et font marcher le trafic organique dans Facebook. Les personnes qui filtrent les vidéos des égorgements de l’organisation Etat islamique sont aux Philippines, au Mexique, ailleurs. On a délocalisé la pénibilité.

Comment peut-on faire pour prendre en compte ces nouvelles formes de production qui échappent aux cadres habituels du temps de travail, des contrats, du salaire ?
Il y a un problème d’organisation au niveau international, un problème urgent, sérieux, pour lequel il n’y a pour l’instant pas de réponse. Aujourd’hui, si quelqu’un fait grève aux Philippines, un Indonésien va récupérer le travail. Mais ce n’est pas qu’une question de concurrence entre différents pays. Comment donner à tout le monde des droits, la possibilité de contester des conditions de travail ? En revanche, dans les contextes nationaux, les choses bougent rapidement. Les syndicats, en France, en Allemagne, en Scandinavie, en Autriche, lancent des réflexions sur les travailleurs des plates-formes, de toutes les plates-formes, celles à la demande, bien sûr, comme Uber, mais aussi les plates-formes de microtâches. Le syndicat allemand IGmetall, par exemple, a lancé Fair Crowd Work, un outil qui doit permettre à ceux qui accomplissent un microtravail de dénoncer les mauvaises pratiques, d’évaluer leurs employeurs, etc.

Si cette régulation ne vient pas, que se passera-t-il ?
Un syndicat, aujourd’hui, ne peut pas se permettre de continuer à avoir les mêmes logiques de dialogue social ou de financement, car les scénarios qui se préparent sont des scénarios de conflictualité. Elle est déjà là : Uber et tant d’autres font face à des grèves, les modérateurs et les filtreurs s’organisent. Mais en face, les entreprises traditionnelles se « plateformisent » à mesure qu’elles se tournent vers l’exploitation de données, la mise en place d’algorithmes, etc. Cette polarisation demande que les corps intermédiaires sachent de quoi il est question, et quelles sont leurs responsabilités sociales et politiques.
bon, j'arrête j'ai assez bossé pour punxforum aujourd'hui :lol:

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