DIY ?

Ici on cause, on débat, on discute, on s'engueule, on recherche des trucs, en lien plus ou moins direct avec le punk DIY / Punx with brainz !
Nhuman punk
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Re: DIY ?

Message par Nhuman punk » 16 févr. 2021 10:44

chouette discussion tout ça merci christophe d'avoir commencé le débat. Ben personnellement avec mon tout petit label j'ai zéro présence internet ce qui fait que je vends rien depuis un an à part à mes potes qui m'achète un zine de temps en temps quand illes passent à la maison, du coup la distro ne s'enrichit pas trop de nouveautés haha. Après j'ai pas de grands projets et je ne fais que de la co-prod avec un budget très modeste alors j'ai beaucoup moins cette pression de vendre pour dégager de l'argent pour le prochain disque...J'arrive juste pas à faire autrement que la "vente" en concert, parce que j'aime causer avec les gens ou le dépôt chez des disquaires...

Je comprends juste pas le fait de préférer passer par discogs si tu peux faire autrement pour acheter un disque, c'est quand même pas un tuc de fou d'envoyer un email en plus t'as moyen de discuter et de rencontrer des gens en fonctionnant de cette manière, faut croire que les gens s'en foutent de la rencontre et de l'échange... J'ai juste trente ans et j'ai l'impression de parler et fonctionner de plus en plus comme un vieux con et ça m'énerve mais j'arrive pas à m'y faire je crois que je préfère m'autosaborder que de contribuer à face book et tout le toutim...

Avec les groupes dans lequel je suis, litovsk, bakounine... On a pas de facebook ça nous empêche pas de trouver des concerts...Après oui ça fait plus longtemps qu'on est là, on connaît les réseaux, un groupe où les gens ont 15 ans, qui ne connaissent personne c'est plus compliqué pour eux et elles sans ces réseaux sociaux de merde.
Si les gens avec de la bouteille ne sont pas volontaristes avec eux et elles en leur refilant les plans normal que es plus jeunes se retournent vers facebook ou autre...

Après même en ayant pas instagram, facebook et autre on se retrouve dessus avec les gens qui postent nos albums, des vidéos de nous et autres alors qu'on rien demandé...C'est frustrant quand tu cherches des souvenirs de concerts, tu vois des dizaines de gens prendre des photos et y'en a pas un ou une pour te les envoyer,nan illes préfèrent les publier sur faceshit ou insta et toi t'y a pas accès parce que tu fais le "vieux con" à refuser ça....

Bref j'apporte pas de solution si ce n'est que des moyens alternatifs existent grâce à des gens comme abfab qui se trouent le cul à faire des chose mais que des gens n'utilisent pas... Notre site litovsk hébergeur en allemagne sur hébergeur indé ça coute 5 euro par an... Et oui après les labels qui nous sortent mettent ça sur bandcamp, on est pas 100% à l'écart de cette merde mais bon...

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Re: DIY ?

Message par organesfritsman » 16 févr. 2021 12:31

Je suis plutôt essssstremement d'accord avec Manu sur les derniers points la.
J'ai utilisé le réseau social bleu pendant au moins 6 ans je crois, pour finalement m'en retirer. C'est le seul machin que j'ai eu, mais finalement c'est déjà trop. J'ai viré ça pour plusieurs raisons, le fait qu'il n'y a rien d’intéressant mais surtout que ça craint vachement quand tu milites car les flics surveillent ça de prêt. Même si t'y mets rien. Peut être probablement ici aussi mais bon... Bon et y'a tout l'aspect politique derrière aussi mais ça on connait.
Depuis plusieurs années j'ai plutôt une énorme tendance à rejeter le plus possible et revoir dans l'autre sens mes choix. Pour plus d'intégrisme, parce que être intolérantE c'est super ! :sm3:

J'ai pas l'impression que les genTes achètent beaucoup de disque sur Faceplouc ou alors c'est des trucs qui coutent bien trop cher et qui sont loin de nos préoccupations. Perso, les seuls disques et cassettes que j'ai ça a du être des envoies et surtout des concerts (ou la distro qu'il y a chez nous, bon ça c'est un luxe d'avoir un grand producteur de renommé internationale chez soit). Discogs c'est pareil, y'a quand même vachement de trucs trop chers. Et puis alors les plateforme de streaming, ça c'est l'horreur (bon à part à la limite si t'utilises ça que pour des benefit et encore).
Je comprends l'idée que c'est la pandémie et tout ça et que c'est galère de vendre. Mais ce ne sera pas infini, ça va bien terminer un moment et la Paf tout le monde ira claquer son RSA dans les distros. Enfin j'espère. C'est peut être idéaliste.

De manière générale j'ai été assez tard au courant des alternatives qui existent. Je ne sais pas trop dire pourquoi, peut etre parce que j'étais plus punk à chien et que j'avais du mal à lier un fond politique sérieux avec la musique. C'est peut être en fonction de l'endroit et la région ou tu grandis aussi. Dans d'autres cas j'ai l'impression que c'est une question de génération et que les réseaux sociaux ça a explosé à un moment clé pour certainEs.

Mais y'a un autre point qui est intéressant dont parlait des copaines y'a peu la, c'est la question de légitimité. Y'a des copines qui ont "peur" de s'inscrire sur ds trucs comme le forum la ou d'autres trucs bien obscurs car c'est majoritairement des cercles un peu fermés. Du moins en apparence. Alors qu'elles ont très très envie justement de passer à autre chose.
De fait, y'en a une bonne partie qui ne se sentent pas assez légitime pour participer, de peur d'être jugéE, incomprise ou je ne sais quoi.
Alors qu'iels ont déjà des grosses bases politiques et militantes. Y'a un genre de distance, comme si les punks d'avant étaient impossible à toucher ou rejoindre.
Et la c'est pour en venir à ce que disait adFab et ajouter une touche d'espoir. Y'a pas mal de personnes entre 25 et 30 ans qui seraient raviEs de se lancer dans des réseaux alternatifs, rejoindre ce forum, aller dans les concerts ou y'a pas de flyers sur les internets.
Je fais régulièrement ma propagande auprès des copaines pour leur dire de poser leurs sites et blog ici plutôt que sur Instagram ou Faceplouc. Surtout que la plupart elles ont des wordpress (ça c'est peut être possible de faire autrement je ne sais pas).

J'ai l'impression que ça prend petit à petit, l'enjeu c'est de rendre l'alternative accessible en expliquant aux personnes quoi.
Y'a un peu de taff à faire mais en insistant de manière sympa ça finira par prendre :lol: (bon je me doute qu'il y en a qui en ont marre de faire ce taff ahah mais c'est plus pour les trentenaires qui trainent dans tout ça)

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Re: DIY ?

Message par ChristOff » 16 févr. 2021 13:52

Yep, c'est cool de causer de tout ça je trouve...

C'est sûr que si la seule solution pour résister à tout ça c'est le sabordage, je dis pas que j'y pense pas parfois, mais au fond de moi, j'en encore la certitude que les pratiques du punk DIY ont un sens, qu'elles posent des questions pas sans intérêts sur la consommation, comment la musique est un vecteur de confrontation avec le politique, et qu'au final, elles offrent aussi quelques pistes d'émancipation et de marginalité. Pour moi, l'enjeu il est là, peut-être que je suis à côté de la plaque, mais je pense que continuer à montrer qu'on peut raconter des trucs radicaux dans nos textes de chanson, si à côté on tente pas de faire le lien avec nos quotidiens, alors la radicalité politique, j'dis pas que c'est de la merde, mais ça a pas la même gueule. Pour moi, mon rapport au truc, c'est que le punk DIY est le seul espace où j'ai goûté un peu à cette volonté de joindre l'acte à la parole... j'ai zoné plus de quinze piges dans les réseaux anar, et j'y ai vécut des trucs incroyables, mais il y avait toujours ce sentiment que quand l'acte politique était fini, bam, le rideau tombait et tout le monde retournait à sa "vraie vie", son taf, sa famille, sa routine (j'dis pas que c'est de la merde hein).

Bref, du coup, p'têt je vois pas les choses clairement, mais il me semble qu'il faut tenter de reformuler et de réaffirmer des pratiques punks DIY. J'ai le sentiment qu'on capte plus trop ce que ça implique pour les gens qui découvrent le punk aujourd'hui qu'on laisse rouler ou qu'on choisissent de nous auto-saborder ou de disparaitre. Je me crois pas en mission, juste moi c'est comme ça que le punk m'a foutu sur le cul y a plus de 30 balais. C'est comme ça que le punk est venu me sortir de ma torpeur de jeune prolo voué à l'usine, le mariage et les gosses, et pas juste avec de belles images d'Epinal, mais avec aussi une réalité que je pouvais toucher et au travers de laquelle je pouvais tenter de me hisser un peu vers le haut, apprendre des trucs, rencontrer des gens, mettre un peu des trucs moins débile dans ma tête, etc.

C'est pour ça que j'pense qu'il faut qu'on reste visibles. Mais j'pense aussi qu'il faut qu'on pèse bien les choses.

Mais, ouais, je reprend conscience que seul, on est contraint d'abandonner ou de se conformer aux règles du jeu. Ces dernière années, j'ai eu tendance à l'oublier, je l'avoue en rougissant. En plus, j'ai une distro qui a 30 ans d'age, donc je dois bien admettre que ça me mets aussi dans une position privilégiée. C'est de là que j'ai pu pendant des années moins faire gaffe, me laisser bouffer par une sorte de résignation, et me persuader que ça pouvait marcher comme ça.

Aujourd'hui, je pense que la perspective du DIY est plus nourrie des mêmes trucs qu'il y a 30-40 ans. Elle puise plus forcément dans les expériences politiques post-70's, libertaires, autogestionnaires et collectives. Je pense qu'elle s'est teintés ces 10-15 dernières années de ce truc auto-entreprenariale. Je pense que le point de rupture des "plus jeunes" aujourd'hui pour aborder et s’approprier le DIY c'est au travers ça : se retirer du game du salariat traditionnel, s'imaginer dans une posture d'indépendance, mais sans forcément faire une critique prononcée du travail, de la consommation, du profit, etc... Je pense que le lien entre pratiques du DIY et ce truc qui pour moi est central et qui fait que le personnel/le quotidien est politique, bé il disparait est laisse trop de place à ce truc auto-entreprenarial, et cette perspective que le DIY est juste une histoire de se réapproprier nos façons de bosser individuellement... J'dis pas ça comme un vieux daron, genre "s'était mieux avant" hein !

J'pige tout ce que tu dis AbFab, je sais bien que ta perspective est le fruit d'expériences réelles et que face à ça, on devient rationnel et objectif. Peut-être que plus rien n'est dépassable, j'en sais rien, et j'ai pas non plus des tonnes d'énergie seul dans mon coin.

C'est pour ça, moi ça me mine de réfléchir à tout ça tout seul dans mon coin. J'me fais vieux, et j'ai plus des tonnes d'allié-e-s dans mon quotidien, parce que les potes et les potesses ont trouvé des tafs, on fondés des familles, et ça leur consume du temps et de l'énergie. Tout ça ça nous isole et au final ça nous fragilise...

Peut-être c'est débile, mais on pourrait mettre nos énergies en commun pour essayer par exemple déjà de faire une brochure sur le DIY, avec une perspective "historique", parler des enjeux d'aujourd'hui, faire des interviews, essayer de mettre des mots collectifs sur pourquoi on est là et ce qu'on a envi d'accomplir collectivement au travers de tout ça...

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Re: DIY ?

Message par Lua » 16 févr. 2021 16:56

J'sais pas si c'est pertinent mais si j'peux me permettre de mettre mon p'tit grain de sable, j'ai ni distro ni rien je suis juste une amatrice de punk qui achète des disques dans l'ombre, j'essaye d'éviter un max d'acheter des skeuds via discogs mais en fait quand on est pas dans le mouvement punk depuis des dizaines d'années ou qu'on est isolé géographiquement/socialement bah les connexions et les réseaux on les a pas forcément, et on connaît pas tous les labels et distro qui existent. Perso je fouille un max quand je veux acheter un disque mais des fois les groupes en ont pas/plus avec eux, ont pas de site, mettent pas les liens des distro sur leurs réseaux sociaux et même en faisant des recherches google avec le nom du skeud y'a rien qui remonte à part discogs. Du coup je suis pas sûre de si ça existe déjà mais faire un genre de liste ou blog qui réunirait toutes les distro et labels classés par régions, un peu comme le blog la sulfateuse fait pour les concerts, ça pourrait vraiment être utile pour trouver plus facilement vers qui se diriger quand on veut acheter des disques et qu'on veut pas filer notre thune à discogs et autres merdes.

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Re: DIY ?

Message par Chéri-Bibi » 16 févr. 2021 20:51

Ousp, désolé j'ai fait une fausse manip. Saloperie d'informatique...
Modifié en dernier par Chéri-Bibi le 16 févr. 2021 20:52, modifié 1 fois.
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Re: DIY ?

Message par Chéri-Bibi » 16 févr. 2021 20:51

ChristOff a écrit :
16 févr. 2021 13:52
Aujourd'hui, je pense que la perspective du DIY est plus nourrie des mêmes trucs qu'il y a 30-40 ans. Elle puise plus forcément dans les expériences politiques post-70's, libertaires, autogestionnaires et collectives. Je pense qu'elle s'est teintés ces 10-15 dernières années de ce truc auto-entreprenariale. Je pense que le point de rupture des "plus jeunes" aujourd'hui pour aborder et s’approprier le DIY c'est au travers ça : se retirer du game du salariat traditionnel, s'imaginer dans une posture d'indépendance, mais sans forcément faire une critique prononcée du travail, de la consommation, du profit, etc... Je pense que le lien entre pratiques du DIY et ce truc qui pour moi est central et qui fait que le personnel/le quotidien est politique, bé il disparait est laisse trop de place à ce truc auto-entreprenarial, et cette perspective que le DIY est juste une histoire de se réapproprier nos façons de bosser individuellement... J'dis pas ça comme un vieux daron, genre "s'était mieux avant" hein !
Totalement d'accord avec ton analyse.
Je participe depuis sa création il y a pas loin de 20 piges à la JIMI (Journée des initiatives musicales indépendantes), dans le cadre du Festival-de-Marne (festival musical du département du 94), et dès les premières années, le schisme était visible entre "alternatifs" et "indépendants". Lors d'un débat d'une des toutes premières éditions, Marsu et moi avions dû batailler avec les autres intervenants pour pouvoir expliquer la différence entre une démarche alternative et une démarche indépendante : dans le premier cas, il s'agit de faire les choses de manière différente des modèles spectaculaires marchands ("On ne combat pas l'aliénation avec des moyens aliénés") et de manière offensive (afin de nuire au système duquel on se démarque). Dans le second cas, il s'agit juste de vouloir être calife à la place du calife en se donnant une posture faussement marginale.
Et c'est une opposition de praxis que l'on retrouve dans tous les domaines de production, culturelle ou non.

En 2005-2006, quand nous avons imaginé la nouvelle formule du ChériBibi (qui allait sortir en 2007), il s'agissait pour nous de céder sur certains terrains légalistes afin de protéger notre projet (concrètement, en se constituant en association loi 1901 pour l'éditer et en envoyant dorénavant le zine au dépôt légal de la BNF... Pas vraiment de graves compromissions hein !) tout en ne cédant rien sur d'autres : nous refusions ainsi d'envoyer un exemplaire à la Préfecture de police (encore obligatoire pour toute parution à l'époque) et nous avons voté collectivement sur le fait de se doter d'une page Myspace (le Non l'ayant emporté après quelques échanges de points de vue totalement sereins, je tiens à le préciser).

En 2011, prenant comme prétexte et appui les festivités des 20 piges du ChériBibi et le soutien logistique et financier de la Fanzino de Poitiers, nous avons invité nombre d'éditeurs de fanzines et revues à Poitiers pour un débat de plus de deux heures sur la question d'une diffusion autogérée.

C'était fort intéressant (comme en témoigne cette vidéo réalisée par nos soins), mais malgré la répétition de l'initiative à St-Ouen, à Lille et à la Fête de l'Huma cette même année, cela n'a débouché sur rien de concret, chacun préférant visiblement continuer à chialer dans son coin (alors que les radios, elles, ont réussi à se fédérer lors du passage aux forceps à la TNT).

En 2018, devant l'augmentation indécente des frais postaux, on a pris la décision d'augmenter le prix du zine, passant de 5 € (prix n'ayant pas varié depuis le passage à l'euro plus de 15 ans auparavant) à 8 €, ce qui continue de me faire chier la teub (la culture populaire à un prix populaire !).
En 2020, pour la sortie du dernier n°, nous sommes passés pour la première fois par un diffuseur officiel –en l'occurrence les camarades d'Hobo– et de fait par un distributeur "à échelle humaine" –Makassar– qui prennent 61% du prix de vente aux gens chers (normalement c'est moins mais en tant qu'asso on peut pas récupérer la TVA). Du moins pour ce qui concerne les librairies. Nous continuons donc à faire la diff' en direct aux VPC, infokiosks, disquaires, etc. Ce passage à une diffusion pro nous a obligé à acquérir un n° d'ISBN permettant de générer un code barre. Or là aussi, on a fait le choix de payer 250 € supplémentaires à l'imprimeur pour qu'il colle des étiquettes avec le-dit code-barre sur un quart du tirage (destiné à Makassar donc par là aux librairies) plutôt que prévoir un code-barre sur la maquette du zine. Mais à nouveau, ça fait chier la t...

Les années passant, notre Chéribiblog (tenu par une bonne amie sur un serveur sans pub mais p't'être pas si DIY que ça, j'y connais rien... et j'y pige rien !) n'est guère plus visité, ce qui ne me pousse pas à y poster plus souvent d'ailleurs. Ça tombe bien, ça m'a toujours fait chier la t...
De plus, j'utilises une boite mail Google, je fais le zine sur Mac... et j'achète des vieux 45T jamaïcains sur Discogs...

(Minute de flagellation)

... Quoique pour les disques plus récents, je vais chez mon disquaire ou j'passe commande direct sur les sites web des petits producteurs (la distro d'UVPR? principalement).

Bref, où en étais-je ? Ah oui. Il y a quelques années, on a décidé de faire un truc Paypal pour que l'on puisse nous commander le zine via le Chéribiblog, et ça a très très bien marché. Mais là encore, ça fait chier la t... (décidément) de passer par un truc bizness comme ça pour gérer son truc DIY. ChristOff l'explique d'ailleurs bien mieux que moi plus haut.

Concernant Facedebook, je suis contre.
Donc je ne relaie jamais de lien FB, et je n'en ai ni à titre perso ni pour le ChériBibi... Quoiqu'un jour, aux Tanneries, un type m'a dit qu'il m'avait dans ses amis FB. J'ai toujours pas compris...
Pourtant c'est diablement (le terme est assez approprié) attirant, et vous savez tous pourquoi. Cela permettrait de garder un contact plus soutenu avec les aminches et artistes rencontrés de part le monde, pis on vendrait sûrement des brouettes de zines supplémentaires. D'autant que nombre de "petits milieux du fanzinat" (notamment les cinézines) ne fonctionnent quasiment plus qu'à coups de copinages et de renvois d'ascenseur sur les réseaux asociaux (j'parle même pas de Twitter ou d'Instagram vu que j'pige encore moins l'bouzin).
Ma copine ayant FB, j'ai été m'y balader avec le plaisir de constater que mes vieux potes, pour la plupart, ne l'utilisent finalement que très peu. Cela m'a permis aussi de voir à quel point c'était de la branlette à 90% : partage de la moindre merde, étalage de sa vie privée dans ses détails les plus insignifiants (mariage, première dent du bambin, menu du resto, etc.), autofichage et autoaffichage égocentrique, zapping perpétuel...
Pourtant je me souviens d'une discussion, en 2011, avec des activistes tunisiens qui m'avaient expliqué comment l'utilisation de FB avait porté le "Printemps arabe". ..

Mais faut être franc aussi, et reconnaître que je suis "flatté" (du moins assez jouasse d'avoir quelques retours sur mon taf) quand quelqu'un fait la promo du ChériBibi sur les réseaux asociaux ou poste un commentaire sympa sur le FB d'un quidam ayant relayé l'info... C'est le paradoxe : j'ai pas envie que le ChériBibi soit sur les réseaux asociaux mais ça me fait chier qu'il y soit totalement absent donc "invisible" dans cette nouvelle société 2.0.
D'autant que je constate dans le même temps -vu que je tiens autant que possible la revue de presse de chaque n°- que le nombre de chroniques du zine sur les blogs et forums a drastiquement chuté. Le nombre de blogs et forums, d'ailleurs, a drastiquement chuté tout court. Y'a qu'à voir la fréquentation par ici comparé à y'a quelques années pour s'en apercevoir.

Tous les trucs michto qu'AbFab a tenté de mettre en place ces 10 dernières années (au moins) comme alternatives à Myspace, FB et consorts se sont flétris à la vitesse de l'éclair, il a déjà très bien expliqué pourquoi. Et oui, la majorité des gens cherchent la facilité, même quand, contrairement à moi, ils sont pas des cakes en informatique.

Entre les urgences du quotidien et la précarisation de la vie réelle, le refuge dans un "cyberspace" que n'avait même pas su imaginer à un tel degré William Gibson est devenu la règle. Et même les réfractaires "à l'ancienne" (genre j'ai un smartphone que depuis 3 ans) finissent par céder aux sirènes de la facilité aliénante. Des sirènes qui entraînent le monde vers le fond sans que personne n'hausse les yeux au plafond vu que tout un chacun les a baissé sur son smartphone, justement.

Franchement, je rêve d'un black-out mondial comme Snake Plissken à la fin de Los Angeles 2013... On pourra alors toujours lire l'ChériBibi à la bougie (et j'trouverais bien un moyen de l'fabriquer -après tout, j'l'ai fait pendant presque 15 ans tout à la main).

Les câbles reliant l'Internet mondial sont sous-marins, j'dis ça j'dis rien. :pirate:
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Re: DIY ?

Message par Nhuman punk » 17 févr. 2021 11:48

pour te répondre lua et bienvenue! Ben on y a pensé avec les copains de la sulfateuse d'y mettre nos liens vers nos distros, affaire à suivre!

bub
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Re: DIY ?

Message par bub » 17 févr. 2021 15:41

ChristOff a écrit :
16 févr. 2021 13:52
Peut-être c'est débile, mais on pourrait mettre nos énergies en commun pour essayer par exemple déjà de faire une brochure sur le DIY, avec une perspective "historique", parler des enjeux d'aujourd'hui, faire des interviews, essayer de mettre des mots collectifs sur pourquoi on est là et ce qu'on a envi d'accomplir collectivement au travers de tout ça...
chouette idée, je souscris.
Juste le temps de lire mon bouquin et mélanger avec quelques analyses sur le numérique et plus largement la technologie.
La disparition des petites structures au profit des grosses n'est pas nouvelle, l'antinomie du consommateur politique (l'échec des appels aux boycott), les contradictions inhérentes et l'importance de la pratique...

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Re: DIY ?

Message par blacksquare » 18 févr. 2021 8:10

Bonjour à toute et à tous,

Christophe, comme à ton habitude, tes interrogations et tes réflexions personnelles soulèvent des problèmes importants, pour ne pas dire fondamentaux, précisément au sens où ils questionnent les principes qui se trouvent au fondement de notre scène, je veux dire la « scène punk » au large.

Ce qui, selon moi, fonde la spécificité de la scène punk vis-à-vis d’autres scènes musicales, c’est moins l’attachement à un style musical en particulier (et de fait la scène punk est ouvertement à une multitude de styles musicaux différents : punk, hardcore, crust, emo, surf, grind, et j’en passe) qu’à une certaine démarche ou, plutôt, à une certaine éthique que l’on appelle justement le « do it yourself ». Le DIY est cette éthique qui met en valeur et promeut le principe d’autonomie : autonomie dans la création (composition des morceaux), autonomie dans la production (enregistrement, fabrication des disques), autonomie dans la diffusion (réseau des distros, des labels indépendants, etc.) et enfin l’autonomie dans la programmation (programmer soi-même ses propres tournées, organiser soi-même ses propres concerts).

Bien évidemment, ce principe d’autonomie peut se décliner de différentes manières. On peut proposer des disques à prix libre comme des disques gratuits ou des disques avec un prix maximum (mais pas de prix minimum). On peut aussi proposer des concerts à prix libre comme des concerts gratuit ou des concerts avec deux prix, un plus faible et l’autre plus élevé, pur que tout le monde puisse participer à hauteur de ses moyens et sans que personne ne soit exclus (perso, je n’ai jamais vu l’entrée d’un concert refusait à une personne parce qu’elle était pauvre ; à des bobos qui ne veulent pas jouer le jeu de prix libre alors qu’il porte pour 4OO ou 500 euros d’habits sur eux, c’est autre chose…). Je crois qu’il faut éviter tout dogmatisme en la matière : il n’y a pas une bonne manière de faire (le prix libre par exemple) et une mauvaise manière (la gratuité ou les prix différenciés). Il y a juste différentes pratiques existantes qui sont autant de manière de faire les choses autrement, autrement que ce que fait l’industrie du disque et l’industrie musicale en générale.

Car, pour moi, le punk c’est d’abord et avant tout ça : proposer des alternatives concrètes à l’industrie culturelle et à la logique marchande qui cherchent partout où cela est possible à transformer la « valeur d’usage » en « valeur d’échange », c’est-à-dire la musique en marchandise. Le principe d’autonomie tel qu’il est mis en œuvre est inséparable de tout un ensemble de valeurs de lutte contre le mode de production capitaliste. Ce qui signifie, pour le dire autrement, que l’anarchie renvoie moins à une idée ou à un idéal (« une utopie ») qu’à un ensemble de pratiques concrètes qui justement essaient de mettre en œuvre ici et maintenant des alternatives possibles au capitalisme et aux pratiques qu’imposent (concerts à prix fixe, division sociale du travail dans la création comme dans la production et la diffusion, studios, bookers, disques à prix fixe, etc.).

Or ce que je constate depuis plusieurs années, c’est justement une tendance à tourner le dos à ce principe fondateur qu’est l’autonomie. On fait jouer des groupes américains qui demandent 500 euros dans des squats ou des lieux alternatifs, de nombreux groupes vont enregistrer en studio, on paie des chauffeurs pour accompagner et conduire les groupes sur leur tournée, etc. Bref, on externalise tout. Ce n’est pas la peine de chercher un coupable en particulier : ce n’est pas la faute des groupes, des labels, des lieux de concerts. Nous sommes tous et toutes responsables de notre scène, et si quelque chose disfonctionne, c’est à nous tous et nous toutes de nous remettre en question, en en discutant tout d’abord et ensuite en refusant certaines pratiques qui ne permettent justement plus de distinguer la scène punk d’autres scènes musicales plus soumises à l’influence de l’industrie musicale. Car un groupe qui paie un chauffeur, qui enregistre en studio, qui demande 500 euros pour jouer, etc., et qui se dit « punk » simplement parce qu’il balance deux ou trois slogans dans ses chansons, est-ce vraiment un groupe « punk » ? Certes, au niveau du style musical, il peut l’être, mais certainement pas au niveau de la démarche, de l’éthique. Le problème est que l’on sacrifie trop volontiers nos principes et nos valeurs à l’esthétisme (« oui la démarche est merdique, mais la musique de ce groupe est vraiment pas mal, ce serait quand même dommage de ne pas les faire jouer »). Ce qui est surtout dommage, c’est de se compromettre ainsi de donner de la place à des groupes qui ne la méritent pas tout simplement parce qu’ils en ont rien à foutre de l’éthique DIY et des valeurs anarchistes, et que pour eux la scène punk n’est qu’un moyen pour se faire valoir (« une fois que l’on aura percé dans la scène punk, on pourra prétendre à autre chose »).

Au lieu de se servir de la scène punk comme d’un moyen pour se faire valoir, le principe d’autonomie invite à faire de la scène punk non un moyen mais une fin, non pas se faire valoir soi-même (voyez comme mon groupe, mon label ou mon fanzine est trop bien) mais valoir des valeurs et des pratiques qui soient autant d’alternatives concrètes au tout-marchand. Le problème de Discogs n’est, selon moi, que la partie émergée de l’iceberg : derrière l’usage de Discogs suppose la question de ce qui fonde la spécificité et l’intérêt de la scène punk. Un label qui utilise discogs, est-ce encore un label punk ou anarchiste ? Un label qui n’accepte que les paiements de disques par paypal (pas de liquide, pas de chèque, etc.), est-ce encore un label punk ?

Je ne veux pas du tout me poser en puriste ou en ayatollah du DIY. L’attitude dogmatique des militants qui n’ont que le mot « lutte » à la bouche et qui sont tout aussi dogmatique dans leur pratique et leur manière de voir les choses m’insupporte tout autant que les dérives marchandes que l’on constate ensemble (usage de paypal, discogs, etc.). Simplement il me semble tout à fait sain de faire parfois son auto-critique, non pas pour s’auto-flagéler, pour s’autocondamner ou pour se faire la guerre entre nous mais pour essayer de mettre les choses au clair. La scène « punk » n’est pas pour moi une voie de garage, une scène faute de mieux, mais une scène qui se fixe justement pour objectif de faire les choses différemment de ce que propose l’industrie musicale. On n’est pas là pour faire carrrière, pour être promu artiste, pour amasser de la reconnaissance sociale ou du fric, mais pour essayer de révolutionner les pratiques musicales dans le sens d’un anarchisme effectif (l’anticapitalisme n’est pas un « slogan », mais renvoie des pratiques concrètes). Si certains groupes punks refusent cela, et ben c’est simple, pour moi, ils n’ont rien à foutre dans la scène : qu’ils aillent chanter l’anarchie ailleurs. C’est peut-être radical comme attitude, mais c’est selon moi une attitude nécessaire si l’on ne veut pas se faire récupérer et devenir une scène comme les autres, c’est-à-dire une scène gangrénéée par des valeurs libérales (et pas libertaires), une scène bouffée par l’industrie du disque qui permet que l’on commande des disques punks sur discogs comme on commande des chaussettes ou des tasses à café sur la fnac ou amazon (supermarché virtuel de la culture).

Sur l'en-tête du forum, il y a écrit : "le punk, avant, c'était de la dynamite". J'aurais envie d'ajouter : pourquoi faudrait-il que ce ne soit plus le cas aujourd'hui ? Pourquoi faudrait-il qu'aujourd'hui il en soit autrement ? Le punk, de la dynamite : oui, pour faire péter (au sens symbolique du terme, pas en vrai) le mode de production capitaliste et l'industrie culturelle en générale, non pas pour se satisfaire d'un champ de ruines mais pour essayer de construire autre chose. Et cette construction commence justement par un combat pour proposer et faire de la musique autrement. Diverses voies sont possibles pour mener ce combat (il n'y a pas une voie qui est meilleure qu'une autre), simplement il ne faudrait pas confondre la voie de la soumission (à un système, à une industrie et à des valeurs) avec celle de la révolution.

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Re: DIY ?

Message par bub » 18 févr. 2021 9:04

blacksquare a écrit :
18 févr. 2021 8:10
Le DIY est cette éthique qui met en valeur et promeut le principe d’autonomie : autonomie dans la création (composition des morceaux), autonomie dans la production (enregistrement, fabrication des disques), autonomie dans la diffusion (réseau des distros, des labels indépendants, etc.) et enfin l’autonomie dans la programmation (programmer soi-même ses propres tournées, organiser soi-même ses propres concerts).
C'est justement la limitation du DIY à mon sens. Un bricolage autocentré qui rejoint l'auto-entreprenariat au sens libéral. C'est ce qui se fait récupérer par le capitalisme. (voir à ce propos "Le nouvel esprit du capitalisme" de Chiapello et Boltanski ou plus proche "Do it Yourself !" de Fabien Hein). A mon avis ce qu'il faut mettre en avant, c'est plutôt le collectif et les réseaux, des envies, des actions, au final une confiance commune dans des valeurs particulières. Les initiatives personnelles DIY sont certes sympathiques mais sans un soutien collectif elles s'épuisent et disparaissent non sans avoir générées quelques sous dans le circuit capitaliste (les fameuses compromissions, énergie nucléaire et j'en passe). D'où la question, comment stabiliser un collectif dans un esprit anarchiste, à savoir qui ne repose pas sur des principes (gloire à bakounine ! inch' stirner, etc....).
On peut prendre l'exemple de ce site qui résiste quand même bien à l'épreuve du temps. Le collectif commence par la discussion et l'échange. On pourrait récolter des entretiens avec les participant-es du site pour mettre ces questionnements en avant et essayer de dégager des lignes directrices. Beaucoup de personnes présentes sur ce site appartiennent déjà à des réseaux, quel interêt de venir partager ici, serait-ce pour la promotion de leur dernier album ou de leur dernière action d'éclat ?

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