Les parasites du PIND !

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bub
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Re: Les parasites du PIND !

Message par bub » 06 août 2023 14:59

« Faire « carrière » dans le punk - la scène DIY » Manu Roux
Bon... nouvelle parution de 2023 du PIND, toujours garder espoir malgré l’adversité... Pour commencer, résumons le sommaire : après une introduction sur les « objets et méthodes » deux parties sont présentées, une sur les « espaces de la scène DIY » et une sur « les carrières punks ». La première partie parle du VOID, une salle de concert de Bordeaux (lieu de l’ « intelligence punk » d’après l’auteur), de chaines d’interdépendance (« réussite et réalité marchande » ?), d’éthique DIY (« conflictuelle » ?). La seconde partie, grosso modo c’est naissance vie et mort d’un-e punk. Notons la préface de Luc et Solveig, le couple infernal du PIND pour qui il s’agit encore d’un livre qui va révolutionner le genre ! (comment vendre sa soupe)

Disons qu’au début, j’étais plutôt bien disposé, il faut savoir aller au-delà des mots et surmonter ses propres « obstacles épistémologiques ». Après tout, une carrière n’est pas que la réussite professionnelle, d’un point de vue littéraire c’est aussi le cours de la vie active, comme quand (dit l’étymologie) on lâche la bride du cheval dans une grande étendue... Après tout le marché, c’est aussi les VPC et autres discogs... bon... En plus, au début l’auteur casse du sucre sur le dos de Pierig, celui qui a écrit « A corps et à cris » -voir la chronique plus haut sur le fil de discussion...- C’était plutôt rigolo, le Pierig aurait fait n’importe quoi en termes de méthodo, j’avoue que je buvais du petit lait et ce n’était pas pour me déplaire, le Manu va prendre le contre-pied ? j’ai malheureusement vite déchanté...

Pour appuyer mon propos, je vais citer en exemple un autre bouquin de socio de 2021 : « La fabrique de l’astronaute - Ethnographie terrestre de la station spatiale internationale » de Julie Patarin-Jossec. On y parle aussi d’une tribu assez réduite, les héros du spatial avec une approche qui me semble bien plus objective et réaliste.

Tout d’abord dans le livre de Julie, elle y remercie ses interlocuteurs-rices, bien qu’elle ait dû se prêter parfois à des « jeux d’alcools » pour intégrer les rites de la population concernée (un sacerdoce ce métier). Pour Manu, c’est une autre paire de manche. Il fait (faisait) partie d’un groupe DIY bordelais appelé « Past » (Past (2) sur discogs) un hardcore muni de son bandcamp et son face de bouc attitré... ambiance DIY. (Ils étaient trop jeune pour Myspace). Il connait le milieu mais pour faire ses entretiens il a ciblé un public : il a utilisé Facebook, Instagram et Messenger pour retenir 30 personnes qui participent activement à la scène ET qui connaissent les trois groupes « consacrés » : Guerilla Poubelle, Nine Eleven et Birds in Row. (conditions sine qua non). Mmmmh, ambiance. (Quand je pense que je ne connaissais pas Birds In Row avant de lire ce livre, quel avanie). Ensuite, il a rencontré des limitations que son double statut de chanteur-chercheur a su surmonter : « Cédric n’accepta de nous parler que parce que le fait d’avoir assisté à son concert constituait pour lui un gage de sincérité » ( ?) . Pour Nicolas « notre stratégie a été de jouer la carte de la naïveté ». Pour Alban « nous lui avons laissé prendre le contrôle de l’entretien pour mieux pointer ses contradictions ». Et pour vaincre les reproches, « l’écriture d’un article collaboratif et cosigné » lève les conflits. Bravo l’empathie, bravo la manipulation, clarifiée noir sur blanc, tout de suite, ça pose son enquête.. Mais aussi parce que là ou Julie parle de ses propres difficulté à la première personne avec un « Je » plutôt émouvant, Manu abuse du « Nous » royal et « fantasmé » (comme il l’explique plus loin pour critiquer les positions de ses cobayes).

Je ne vais pas épiloguer sur toutes les problèmes méthodologiques mais aussi les conclusions erronées du livre, mais retenons quelques points :

- la scène repose sur des paradoxes (dont l’occurrence du mot atteint des records dans le livre) : intérêt aux désintéressements (ah ah) parce que malgré tout ce que tu peux dire, les faits sont différents. L’-homo punk DIY- accumule « travail punk » et « capital punk » (c’est marxiste, on peut rien y faire). Le travail, c’est juste du bénévolat qui est exploité par les institutions. Le capital, c’est la reconnaissance de son habilité. Du coup, on évalue cet homo suivant deux axes, plus ou moins de « capital contre culturel » plus ou moins de valeurs « artistiques » (tu es plutôt punk militant, punk social, punk passionné ou punk artistique ?) et on finit sa « carrière » entre 3 options les « marathoniens » stakhanovistes du punk diy (rien à battre de l’art mais pour des motifs contre culturels), les « professionnels » qui font de leur expérience (capital) un métier (trop bien cet art contre culturel) et les « déçus » qui font autre chose parce que ras le pompon du bénévolat à la con (et la contre-culture par la même occasion). On aurait pu changer contre-culture par politique, mais apparemment ca rentrait pas dans les grille de lecture du Manu. Bref, tout ça pour Manu, c’est de l’ « illusio » DIY (=illusion pour les non sociologue). Avec tout ça, il faut croûter, petit punk, donc ca suffit les conneries, trouve toi un job. Un truc juteux, genre sociologue du punk, tu rentreras dans la catégorie professionnel du punk ! Bref, c’est le principe de réalité qui transpire du bouquin. T’as beau avoir des belles idées, ya un moment où il faut revenir sur Terre dans notre société moderne et capitaliste. Tu génère du travail et du capital comme tout le monde, tu en tire profit ou c’est les autres qui en tirent profit. Bourdieu, il a dit des trucs et ca s’applique pour tout le monde. Donc la réussite, c’est de faire un groupe qui marche, le reste c’est du pipi de chat. C’est la conclusion du livre, qui résume les ambitions de l’auteur : Notre travail montre cependant que cette fiction vécue du punk finit d’une manière ou d’une autre par s’user, s’effriter avec l’âge [...] et que ce roman punk personnel et communautaire est aussi parfois taraudé par des espoirs de réussite dans la carrière artistique, espoirs que finalement la carrière punk DIY n’aura pas totalement réussi à effacer ». Manu a oublié de rajouter sa propre condition = professionnel + déçu du punk DIY.

- la problématique féministe, bien décrite par Julie (les habits des astronautes sont taillés pour les mâles blancs russo-américains du coup les femmes sont nulles en sortie extra véhiculaires, cqfd) est un désastre pour Manu : l’enquête de Médiapart au sein de la scène DIY, je cite, « a été l’occasion de rejouer la ligne de front entre le pôle autonome - dont certains membres ont été accusés d’avoir été auteurs ou complices de violence par le passé- et le pôle hétéronome remettant en question la position de ces « établis » de la scène. Tandis que les premiers accusent les second d’instrumentaliser une lutte féministe, les seconds remettent en question l’authenticité des premiers [...] Il semble néanmoins que se rejoue de manière finalement classique la querelle des anciens et des modernes ». Joli. Le féminisme permet donc de redistribuer les cartes du pouvoir. Bref, le Manu reprends à son compte le sexisme de la scène sans se douter qu’il y contribue grandement par ses réflexions inadéquates.

- le langage de Julie est somme toute assez clair dans la présentation des enjeux et de sa méthodologie -plus axé Wacquant que Bourdieu pour les connaisseurs-. A l’inverse, Manu lui a préféré un langage alambiqué avec des références ultra détaillés, le bougre connait son corpus ou comment perdre son lecteur genre « la logique du monde se distingue de celle du champ en ce qu’elle s’éloigne de la tradition structuraliste et surplombante au profit d’une analyse de la complexité des diverses situations qu’il s’agit de faire surgir continuellement par l’observation ».

Finalement, l’intérêt du livre ne réside pas tant dans les élucubrations sociologiques de l’auteur mais plutôt dans les extraits des interviews, là ou je me retrouve enfin dans le langage de mes camarades punks. Et finalement, un des passages que je trouve le plus intéressant c’est sur l’identité punk, balayé dans le chapitre « une scène punk sans punk ». Grosso modo , les interviewé-es ne se positionnent pas dans l’identité punk même s’ils ont en toutes les caractéristiques : paradoxe pour Manu qui résout triomphalement avec cette belle sentence : « Être punk DIY reviendrait donc à aimer en secret la musique punk en affectant de ne s’y intéresser que par désintéressement. » Crise d’identité, crise du punk « Cette crise du punk témoigne in fine des difficultés à répondre à l’injonction d’être soi même lorsque cette quête d’authenticité est lié au cadre contraignant de pratiques sociales qui structure une communauté et reposent sur l’imaginaire partagé d’une autonomie non autonome ». Bref, c’est pas gagné...

Quand il y a des paradoxes partout (Manu s’étonne même de ne pas trouver les mêmes résultats que Pierig sur leurs enquête de terrain, ben mon cochon...) il faut se poser la question de ne pas être « per se » (moi aussi je sais jargonner en latin) un paradoxe...

Sur ce je m’arrête là, bien que j’ai encore plein de ressources pour criticaquatiquer cette nouvel pierre à la mort du punk (comme nous rappelaient les fantasmes sympathiques et regrettés des pekatralatak).
:biere

bub
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Re: Les parasites du PIND !

Message par bub » 08 août 2023 18:14

Pour rendre explicite la problématique de l'identité punk, je me permets de citer Paul B Preciado, interviewé dans les "Couilles sur la table" :
Je ne pense pas que l’identité puisse être le lieu à partir duquel on construit la lutte politique. C’est une différence fondamentale avec les mouvements nationalistes ou d’extrême droite d’aujourd’hui, qui cristallisent des notions d’identité très fermés à partir desquelles ils construisent leur imaginaire et leur action politique. Pour moi l’identité est un effet rétroactif des appareils de pouvoir. [...] L’identité n’est jamais une essence : c’est toujours une relation. [...] Des affirmations hyper identitaires peuvent être des stratégies de résistance politiques. [...] Mais là ou ça devient intéressant, selon moi, c’est lorsque cette définition est aussi un processus de désidentification et pas seulement un processus de renaturalisation des identités. L’objectif de tout mouvement politique, qu’il soit féministe ou autre, est précisément la transformation du sujet qui réalise cette émancipation.
et hop !

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Re: Les parasites du PIND !

Message par bub » 01 sept. 2023 13:52

Où l'on comprend que le projet PIND aura permis de rebondir sur la fin des Bérus
https://fanxoa.archivesdelazonemondiale ... e-act-j-1/

:lol:

Yanic

Re: Les parasites du PIND !

Message par Yanic » 05 sept. 2023 21:04

bub a écrit :
06 août 2023 14:59
Bref, tout ça pour Manu, c’est de l’ « illusio » DIY (=illusion pour les non sociologue). Avec tout ça, il faut croûter, petit punk, donc ca suffit les conneries, trouve toi un job. Un truc juteux, genre sociologue du punk, tu rentreras dans la catégorie professionnel du punk ! Bref, c’est le principe de réalité qui transpire du bouquin. T’as beau avoir des belles idées, ya un moment où il faut revenir sur Terre dans notre société moderne et capitaliste. Tu génère du travail et du capital comme tout le monde, tu en tire profit ou c’est les autres qui en tirent profit. Bourdieu, il a dit des trucs et ca s’applique pour tout le monde.
J'étais malheureusement passé à coté, mais bon sang, ce que ce post est génial !
(et je crois que ce topic est clairement dans mon Top 5 du forum !)

Faire « carrière » dans le punk
Pierig Humeau, Solveig Serre et les autres parasites du PIND aiment ça ! 👍
(oui, le Pierig (*), c'est "le meilleur d'entre nous", pour reprendre une référence de vieux, mon préféré dans cette fine équipe (parce que les autres en vivent, mais ne prétendent pas en être issus - lui seul étant au courant de son furtif passage, d'ailleurs !)

Déja, rien que le titre est génial, la plaisanterie se suffirait à elle-même !
Mais ensuite, tu nous sublimes ça avec un ton d'analyse sérieux que je t'envie !
Ill y a largement matière à rigoler et rebondir dans ce que tu nous fais découvrir, mais ce ne serait que de la reformulation, c'est déja tellement jouasse comme ça !
Pour Nicolas « notre stratégie a été de jouer la carte de la naïveté ». Pour Alban « nous lui avons laissé prendre le contrôle de l’entretien pour mieux pointer ses contradictions ». Et pour vaincre les reproches, « l’écriture d’un article collaboratif et cosigné » lève les conflits. Bravo l’empathie, bravo la manipulation, clarifiée noir sur blanc, tout de suite, ça pose son enquête.
Prendre les gens pour des cons, montrer qu'on est au-dessus d'eux en citant fièrement comment on croit les manipuler, tranquille ! Leur fameux "capital intellectuel", c'est visiblement une qualité à souligner, nous nous inclinons devant tant de perspicacité et ...de (mais nan, pas de mépris, enfin !), de pertinence d'analyse au service de... bah de leur gueule, en fait !

* Si vous êtes bons clients pour ce genre d'humour à froid à partir de la prose savoureuse du personnage, j'en ai trouvé également pas mal de savoureuses sans trop chercher, mais étant charitable, je me limite à celle-là :
"avec la possibilité offerte au travers de mon groupe de musique, j’ai ainsi pu en tant que musicien jouer le jeu (Note du rédacteur : oui oui, "jouer le jeu" est en italique, il était visiblement important de montrer une prise de distance évidente avec l'objet de son étude !) d’agent légitime punk. Au travers d’une série de concerts, d’enregistrements et de toute une série de situations autour de la musique punk, j’ai pu au service de l’étude positionner mon corps comme outil de recueil et d’analyse des données".
Source
Un héros, un vrai, qui met son corps au service de la sociologie. On n'en fera plus, des comme lui.

Laurent NTZine
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Re: Les parasites du PIND !

Message par Laurent NTZine » 09 sept. 2023 12:19

Yanic a écrit :
05 sept. 2023 21:04
Pierig Humeau, Solveig Serre et les autres parasites du PIND aiment ça ! 👍
(oui, le Pierig (*), c'est "le meilleur d'entre nous", pour reprendre une référence de vieux, mon préféré dans cette fine équipe (parce que les autres en vivent, mais ne prétendent pas en être issus - lui seul étant au courant de son furtil passage, d'ailleurs !)
J'avais eu brièvement l'occasion d'échanger par courrier avec Pierig, en 2005, à propos d'un zine (ou une feuille d'info, je ne sais plus trop) qu'il rédigeait. C'est ainsi que j'avais récupéré le nº23 de No propaganda. Un minimum de 23 numéros produits, ça dénote un investissement qui dépasse quand même le passage-éclair.
Le punk lui a permis de trouver une voie dans laquelle il semble s'épanouir ? Ben, j'ai envie de dire "tant mieux" pour lui. Je préfère ça plutôt que les défections de personnes qui sont partis aigri·e·s ou déçu·e·s, trahissant un accueil pas toujours des plus ouverts.

Yanic

Re: Les parasites du PIND !

Message par Yanic » 10 sept. 2023 16:07

OK, merci de cette précision, je n'avais en effet que connaissance de sa participation à RABhop.
Je m'excuse donc de ce terme de passage-éclair.

Oh wait....
Du coup, cette interview savoureuse dans No Propaganda, c'est en fait son fanzine pour lequel il interview son groupe ?!! :shock:
L'auto-interview en scred', C'est pousser un peu loin l'autonomie ! :lol:
:roll:

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Re: Les parasites du PIND !

Message par bub » 15 sept. 2023 9:45

Yanic a écrit :
05 sept. 2023 21:04
Ill y a largement matière à rigoler et rebondir dans ce que tu nous fais découvrir,
C'est chouette ! merci !
je t'avoue que dans le même temps, je suis passé par un petit coup de mou, à regarder des indicateurs climatiques qui n'en finissent plus de crever des plafonds toujours plus haut...
jusqu'où on perd du temps à lire des experts bidochons punk se bourrer le mou quand le monde part en sucette, j'ai vachement plus d'estime pour les retours d'expériences anarcho-punk qui reboostent le moral !
:punk2:

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Re: Les parasites du PIND !

Message par bub » 15 sept. 2023 10:22

Ca me fait penser au bouquin de David Graeber : "Bullshit jobs". Est ce que les experts du punk sont en mode "brown-out" (voir wikipedia) ?


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Re: Les parasites du PIND !

Message par bub » 12 janv. 2024 11:57

Dernier né du PIND dans la collection En Marge : « Bérurier Noir » sous la direction d’un pantin de la BnF (un adjoint de la direction institutionnelle), Lucky Luc et la fidèle Solveig (qui sauve tous les Peer de la noirceur punk du monde). Un ouvrage collectif avec plus d’une douzaine d’interventions dont la première de nos deux hérauts du punk qui m’a bien fait marrer. Je cite la section du bouquin
Les parasites du PIND
D’aucuns pourraient se demander si « une science bérurière » est bien nécessaire, s’il n’est pas plus simple de se contenter des brèves de comptoir et des souvenirs héroïques largement controuvés qui allument les soirées électriques. Cette construction des connaissances est bien évidemment essentielle, autant qu’est essentiel le dépôt de fond de BXN au sein des institutions capables de conserver la mémoire, afin que ceux qui travailleront à l’Histoire puissent s’adosser positivement à l’archive et non aux seuls mythes et représentations.
N'en déplaise aux contempteurs des projets engagés par PIND et ses partenaires, les « Parasites du PIND » (pour reprendre une attribution très punk puisée au fil de nos lectures au sein de quelques échanges « chattés » sur le net) sont donc autant de signes vitaux d’une histoire des contre-cultures qui ne se laissent pas confisquer par les spécialistes de la spécialité ou par ceux qui ont tout connu et s’assoient sur les souvenirs comme sur un tas d’or. Face aux critiques habituelles, face aux « usual reproches » (bla bla) se dresse une cathédrale de bric et de broc, mais une cathédrale solide qui s’appelle la « science avec et pour la société » rassemblant et réussissant à faire parler ceux qui ne parlent jamais, témoigner ceux qui ont réellement vécu les faits, travailler avec méthode et sincérité, ceux qui pensent que cette histoire est essentielle. Le projet PIND et tous ses partenaires ([punks et institutions main dans la main dans une grande farandole de joie]) sont fiers bla bla bla
Tout d’abord petites notions de vocabulaire littéraire (on est dans un niveau de langue élitiste, les ami-es, il faut s’y faire, un passage par l’ATILF donc)
- Controuver, c’est affirmer des faits entièrement erronés (souvent avec une intention malfaisante). En pleine époque des fake news, PIND nous sort un mot français adéquat, mais que font les médias ? que fait l’institution ? que fait la police (du punk) ? PIND, montre-nous la voie !
- Les contempteurs ne se contentent pas de contempler, ils dénigrent et méprisent, les vilains. (à quand un groupe punk qui s’appelle « contempt » ? ah mais c’est déjà fait 😉)
Ensuite, je ne suis pas sûr de comprendre le fond de la pensée du texte qui mélange un peu les approches de manière assez peu scientifique pour le coup. En tous cas, j’ai apprécié le rapport dialectique de l’expression : « parasites du PIND ». Explication. Naïvement, je pensais que c’était PIND, les parasites du punk. Comme l’avait signifié notre glorieux admin émérite, « ces ridicules parasites trop en vue […] ont bien mérité leur propre sujet». Mais en lisant ce passage, (« une attribution très punk » ??), j’ai saisi que du point de vue PIND, ce sont les contributions de ce topic qui sont « les parasites du PIND », chaque post est un autre morpion qui empêche le PIND de s’autocongratuler et dérouler ses analyses dans la joie et la bonne humeur. A croire qu’on est toute-s le parasite de l’autre. (Ça s’appelle le collectif symbiotique : parasitisme, commensalisme ou mutualisme ?). En même temps (comme je suis dans la lecture de Walter Benjamin), j’ose espérer que la critique des productions du PIND, comme reconstruction et réinterprétation du sens, ne peut être que bénéfique pour faire bouger les lignes…
Bref, revenons à nos moutons (ceux des Nonnes Troppo : « On est pas sages! On est méchants! On est des punks évidemment ! »). Et bien au final, le bouquin est pas mal du tout et les interventions vraiment bien vues quoique hétéroclites. Un texte de Philippe Roizes qui décrypte Macadam Massacre, le premier et le meilleur ( ?) , un texte de Voto et Gaboni (le batteur des Lucrate qui se la raconte dans «l’unique concert des Bérus avec un batteur »), un rétrospective sur le personnage franchouillard Bérurier de Sans Antonio, une analyse des listes à puces dans les chansons des Bérus (analyse qui aurait mérité encore plus de recul sur l’intention inconsciente, notamment quand Fanxoa raconte son approche de collectionneur et quand on sait que de la collectionnite à l’accumulation capitaliste, il n’y a qu’un pas vers le totalitarisme vengeur… mais je m’égare), un texte rigolo postmoderne « Comment ai-je pu passer à côté » quoique boursouflé de prétentions sociologiques, ceci dit, j’aime bien l’approche « je vais vous parler de moi à partir d’un sujet dont j’ai rien à dire ». Ya bien quelques textes nazes sur les Bérus à la BnF, pour ou contre ? OK, on n’avait pas fait autant de vagues quand le local des Crocodeal s’est retrouvé muséifié à Montluçon ( https://www.mupop.fr/experiences/). Tranquille, les enfants. Un texte crétin d ’un prof de ciné dans un « établissement scolaire privé sous contrat avec l’Etat, de confession catholique » (un putain de parasite pour le coup) qui explique « Mon établissement scolaire, qui jouit d’une solide réputation » avec une note en bas de page pour justifier que l’établissement, réussite et valorisation meilleurs nationaux bla bla. Et du coup « La politique éducative et religieuse de mon établissement m’a vite amené à m’adapter » alors il a utilisé un texte des Bérus sans paroles explicites (surtout pas antimilitariste, anticléricale, anar, etc…) pour en faire un film avec ses élèves. Bien sûr, on pourrait penser à la stratégie de l’entrisme, mais franchement vu le texte, j’opte pas vraiment pour cette approche : « Macadam Massacre s’est inséré dans une liste [avec] Les lacs du Connemara de Sardou… » Whaouh, bravo l’approche politique, c’est l’éclectisme, la culture bubble gum, il a dû s’abreuver des derniers torchons médiatiques qui assurent que Sardou est pas si con que ça quand même. Passons. Des textes qui racontent: les concerts des Bérus en Normandie, des trajectoires de keupons (pas de keuponnes hélas) biberonnés aux Bérus (illusions, désillusions) et, pour finir, un texte vraiment chouette « Salut à toi, punk italien » qui propose des liens parallèles entre la culture punk italiennes et le phénomène Bérus à la même époque. Les mêmes thèmes, la même approche de la fiesta théâtrale, etc… Mais alors Bérurier Noir n’est que la partie émergée de l’iceberg, un point d’entrée, l’Elvis Presley de l’alternatif ? Le zeitgeist quoi…
Un bon cru ce livre. On regrettera un manque d’analyse négative (qui aurait pu être grandement salutaire) sur les Bérurier Noir, la reformation (ou déformation, quand tu annonces que tu t’arrêtes en 1989 et que tu reprends en 2005, ben l’intégrité elle disparaît d’un coup, pour ne pas parler de l’authenticité, mais c’est pas grave c’est la fiesta), l’évolution politique des albums pour finir sur l’album autocaricatural « Invisible » (« Ils forent dans le marché, ils sont de plus en plus laids, Béruchons »). Enfin, personne n’est parfait et tant mieux d’ailleurs. Mais l’ « histoire des contre-cultures » c’est aussi l’honnêteté intellectuelle qui consiste à ne pas occulter des faits qui vont à l’encontre de ce que tu cherches à démontrer. C’est peut-être pas une fraude scientifique, ya rien de controuvé (!), mais où est ce qu’on dépasse « l’histoire d’une représentation du passé jamais questionné », pas ici à mon avis.
Sinon pour l’Histoire avec une grande hache, la celle qui nous intéresse, on peut relire le premier post de ce topic pour se rappeler que le livre vient d’un appel à contribution qui date de Juin 2021. Soit il y a 2 ans et demi. Et ouais, les ami-es, on rajeunit pas…

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