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Re: que lisez-vous en ce moment ? - le retour -

Message par bub » 14 sept. 2022 9:29

bub a écrit :
13 sept. 2022 13:16
le monopole de l'information - Breve histoire de la concentration dans le monde du livre
L'immonde a écrit :Le Fin Mot de l’histoire de France en 200 expressions, devait être un livre rigolo. Est-ce qu’il n’a pas fait rire Vincent Bolloré, premier actionnaire de Vivendi, maison mère d’Editis, le groupe d’édition chargé de publier l’ouvrage ? Michèle Benbunan, sa directrice générale a en tout cas préféré purement et simplement faire suspendre ce livre.
CQFD

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Norma Bates
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Re: que lisez-vous en ce moment ? - le retour -

Message par Norma Bates » 17 sept. 2022 10:21

vincent a écrit :
12 sept. 2022 14:48
J’ai moi aussi tapé dans le classique cet été avec « Une vie » de Maupassant. J’ai tout aimé, le personnage du baron anticlérical et rousseauiste, le tableau de Claude Monet utilisé pour la couverture du livre de poche, etc. Ca m’a fait penser à Madame Bovary que j’avais lu au lycée.
Une vie : quel roman. Il demeure à ce jour un de mes plus émouvants livres de chevet. Je l'ai aimé autant pour son fond que pour sa forme. Le talent d'écriture y est magistral, je trouve. Le titre, minimaliste et énigmatique, prend tout son sens une fois qu'on referme le bouquin et qu'on le repose (sur la table de chevet, donc). C'est ce genre de récit qui a la force de nous faire remettre en question, au moins un instant, la trajectoire toute tracée que pourrait prendre fatalement notre propre existence. Quand j'ai terminé le livre, je me souviens m'être fait la même réflexion qu'ensuite à la fin du film tiré de celui-ci (sur lequel j'étais tombée par hasard à la télé quand j'avais 25 ans) : "Oui, c'est ça une vie". Avant de pleurer à gros bouillons, sans savoir si je pleurais sur le destin fatidiquement tracé de cette femme, sur celui de sa mère, celui de la mienne ou celui de toutes nos mères, finalement.

On pourrait dire que l'héroïne, Jeanne, est l'anti-thèse d'une autre Jane chère à mon cœur, mais peut-être pas tant que ça... Et en tout cas, Maupassant en tant qu'homme, a réussi à toucher du doigt la profondeur d'âme de son personnage féminin, aussi remarquablement que Charlotte Brontë ne l'a fait avec le personnage de Jane Eyre. Mais là ou Jeanne Le Perthuis des Vauds (bien que déterminée par certains aspects) reste embourbée dans une existence subie, Jane Eyre a en elle un élan (de révolte !) qui lui donne le courage de ne pas suivre l'ordre établi.
Juste avant j’avais avalé cul sec un René Fallet, « Charleston », qui se passe à Londres il y a pile 100 ans, en 1922. Excellent forcément, on n’est jamais déçu avec Fallet.
En effet. Aussi talentueux selon le genre qu'il explore. Avec des tournures toutes en finesse et de l'émotion qui percute, aussi bien dans l'écriture de La soupe aux choux que celle de Paris au mois d'août. Ce qui me fait penser que samedi dernier au marché, suis tombée sur un super bouquiniste. Je cherchais un bouquin à offrir à quelqu'un qui m'est cher, et suis tombée sur une palanquée de petits romans de Jean-Philippe Toussaint, auteur que je ne connaissais pas (c'est la honte, c'est ça ?). J'ai parcouru quelques pages et les dos de couvertures, qui m'ont fait me dire que ça avait l'air assez succulent. J'ai donc pris La télévision, La salle de bain, et La fuite. Mais rassurez-vous, j'ai payé les bouquins.

Bon, ce que je n'aurais peut-être pas dû faire ensuite, c'est aller lire quelques études à propos de Toussaint (oui maintenant je l'appelle Toussaint, ça fait classieux). En particulier sur sa tétralogie dite MMMM "Marie Madeleine Marguerite de Montalte", composée de Faire l’amour (2002), Fuir (2005), La vérité sur Marie (2009) et Nue (2013). J'imagine bien que c'est une métaphore, mais visiblement, le narrateur se balade avec un flacon d'acide dans la poche, dans l'idée rassurante pour lui de pouvoir s'en servir si quelqu'un le pousse trop à bout. Et il émet l'idée selon laquelle il comprend que Marie puisse avoir peur que le contenu ne finisse dans ses propres yeux à lui, ou "dans sa gueule à elle"... En gros, son amoureuse Marie serait associée au miel (elle est styliste et imagine créer une robe de miel) et lui à l'acide... Mais bon, je n'ai pas lu la tétralogie en question alors c'est sûrement plus complexe que ça n'y parait (ou pas).
Je me fais quand même la réflexion, que comme dans Paris au mois d'août, le narrateur masculin, arrivé à quarante ans, vit une histoire passionnelle avec une jeune femme tombée du ciel comme par magie.... (un peu comme chez Houellebecq). Une genre de "même" dans la crise existentielle littéraire de certains hommes cis-hétéros peut-être... ? Mais là aussi le sujet passionnant mériterait de creuser bien plus.

Arf, entre nos héroïnes qui rêvent d'un grand amour pur et romanesque avec un homme sensible sous son allure solide, et nos mecs quarantenaires qui songent à des passions charnelles avec des femmes plus jeunes et folles d'eux > on est de toutes façons dans le cliché fantasmagorique le plus total. Y a sûrement bien un peu des deux rêveries chez chacun et chacune, mais s'il fallait mettre des mots là-dessus, qui oserait écrire ce bouquin là ?
Vous avez 4 heures.

Nota bene: A propos de Madame Bovary dont parle Vincent plus haut, j'ai récemment vu un documentaire qui explore le cheminement qui a fait que le roman final n'est que la surface de ce que Flaubert voulait vraiment écrire : Un docu époustouflant sur la réflexion de Flaubert au court de l'écriture des publications et le tumulte politique qui s'en est suivi: http://www.keren-production.fr/films/le-proces-bovary/. Madame Bovary étant, pour l'époque, un récit pornographique.
¤ L'étoffe des héros est un tissu de mensonges. ¤

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Re: que lisez-vous en ce moment ? - le retour -

Message par vincent » 20 sept. 2022 14:44

Norma Bates a écrit :
17 sept. 2022 10:21
Une vie : quel roman. Il demeure à ce jour un de mes plus émouvants livres de chevet. Je l'ai aimé autant pour son fond que pour sa forme. Le talent d'écriture y est magistral, je trouve. Le titre, minimaliste et énigmatique, prend tout son sens une fois qu'on referme le bouquin et qu'on le repose (sur la table de chevet, donc). C'est ce genre de récit qui a la force de nous faire remettre en question, au moins un instant, la trajectoire toute tracée que pourrait prendre fatalement notre propre existence. Quand j'ai terminé le livre, je me souviens m'être fait la même réflexion qu'ensuite à la fin du film tiré de celui-ci (sur lequel j'étais tombée par hasard à la télé quand j'avais 25 ans) : "Oui, c'est ça une vie". Avant de pleurer à gros bouillons, sans savoir si je pleurais sur le destin fatidiquement tracé de cette femme, sur celui de sa mère, celui de la mienne ou celui de toutes nos mères, finalement.

On pourrait dire que l'héroïne, Jeanne, est l'anti-thèse d'une autre Jane chère à mon cœur, mais peut-être pas tant que ça... Et en tout cas, Maupassant en tant qu'homme, a réussi à toucher du doigt la profondeur d'âme de son personnage féminin, aussi remarquablement que Charlotte Brontë ne l'a fait avec le personnage de Jane Eyre. Mais là ou Jeanne Le Perthuis des Vauds (bien que déterminée par certains aspects) reste embourbée dans une existence subie, Jane Eyre a en elle un élan (de révolte !) qui lui donne le courage de ne pas suivre l'ordre établi.
Joli témoignage. Je n’ai par contre jamais vu le film ni lu Jane Eyre.
Le personnage qui m’a pas mal touché est son père le baron. Car malgré son bon fond évident, le fait qu’il ait de supers idées (anticlérical, lecteur des philosophes de la Révolution), qu’il aime sincèrement sa femme et sa fille… en fin de compte sa pusillanimité et son manque de caractère font que tout ça ne lui sert à rien. Il n’a pas su protéger Jeanne face à son mari puis à son fils.
Contrairement à Rosalie sa sœur de lait, qui elle est capable d’infléchir sur le cours de sa vie, malgré son inculture et son infériorité sociale. Elle a cette volonté qui fait défaut à Jeanne et son père.
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Message par vincent » 20 sept. 2022 15:11

Yanic a écrit :
13 sept. 2022 22:37
.. Sauf si on a le malheur de regarder les transcriptions de ses œuvres en film (mais ce n'est pas de sa faute !).
J'ai adoré, vraiment son livre "le beaujolais nouveau est arrivé", pour sa description d'un monde populaire des années 70 qui allait disparaitre, un dernier bastion libertaire sans le reconnaitre, farouchement anti-travail, revêche envers "l'expansion économique" comme envers la gentrification comme on ne disait pas encore à l'époque, un roman qui raconte les derniers réfugiés d'un bistrot de Paris, une description fine et pertinente tellement bien tournée qu'on lui pardonne aisément cette fin peu inspirée, mais il parait qu'il faut bien trouver une chute à une histoire, non ?!
Par contre, j'ai tenté la version film, j'ai tenu 15 minutes, film franchouillard où l'OS arabe en prend plein la gueule, rien à voir avec le livre, insupportable.
Oui et non. Il y a de nombreuses adaptations cinématographiques, certaines très réussies, d’autres de purs navets…
« Un idiot à Paris » et « La soupe aux choux » sont des transcriptions impeccables.
Par contre j’ai vu « Le braconnier de Dieu » avec Pierre Mondy : quelle honte ! A se demander si les gougnaffiers qui ont fait ça ont lu le livre. Ca m’avait dégouté. Et découragé de tenter de mater « Le beaujolais nouveau est arrivé » alors que le livre est une pépite que j’ai lu et relu et compte bien relire très prochainement.


Yanic a écrit :
13 sept. 2022 22:37
A la fois à cause de toi et à cause d'une faute de frappe (recherche "mémoires u guitariste des EVIL SKINS"), je suis tombé sur une très intéressante interview de Marsu de 2017, donc merci ! (si on rajoute la lettre manquante, le résultat suivant n'apparait plus, ou en tout cas pas dans les quatre mremières pages "Disorder - « Si l'on n'écrit pas notre histoire, ce sera, comme d ... ; "https://books.openedition.org/ms/1617 › ...", comme quoi pour Google également une simple lettre vous manque et tout est dépeuplé).

De mon coté, je rattrape une sacrée pile de livres de chevets en retard, commencée par la relecture des 7 tomes de Rois Maudits, ce qui m'a forcément occupé un bon moment, avant de m'attaquer aux "chemins noirs" de Sylvain Tesson, un thème qui m'apparaissait passionnant (la traversée de la France à pied du sud-est jusqu'au nord-est), mais qui à part quelques paragraphes très bien amenés, m'a saoulé par son coté égo-centré donneur de leçons philosophiques à deux ronds, et m'a trop régulièrement fait chantonner un titre du groupe nantais Naphtaline, qui dans les années 90 a produit seulement 2 démos cassette, mais dont le refrain d'une des chansons était "Alors je m'y suis mis et maintenant je te parle de moiiiiiiii" (faites durer le "moiiiii" comme dans une chanson de Zabriskie Point, le fameux chant à la nantaise) - tiens, retrouvé le morceau sur la compil Mass Prod Brezh Disorder, la première de la série et la meilleure à mon sens -
Les mémoires du guitariste des EVIL SKINS s’appellent « Un skinhead repenti devenu swami »
Il a un blog, a fait pas mal de télé et est également youtubeur pour faire sa promo et du prosélytisme car il est aujourd’hui moine hare krishna.
Franchement les vidéos youtube je tiens pas 30 secondes mais le bouquin m’a bien plu il est très agréable à lire (celui de Gilles Bertin m’avait un peu saoulé avec son ton « Michel Audiard »). Sur la forme il est comme celui de la chanteuse Diam’s : une première moitié ma vie d’avant dans la musique et l’errance, deuxième partie ma rencontre avec Dieu et ma nouvelle vie mystico perchée.

Les « chemins noirs » de Tesson moi j’ai accroché à fond !
Ce qui est me bloque un peu chez lui n’est pas son coté égo-centré donneur de leçons philosophiques à deux ronds, je dirais plutôt son coté crypto-faf islamo rabique. Mais c’est un travers que je lui pardonne car c’est vraiment sympa à lire.
J’avais commencé par « Dans les forets de Sibérie » (très bon), j’ai lu son anthologie dans la collection bouquins robert lafont. Et il y a quelques mois, j’ai lu un de ses premiers « on a roulé sur la Terre » un récit de voyage à vélo sympa mais irritant par moments, que j’aurais sous titré « Les périgrinations de deux gosses de riches dans leur terrain de jeu monde »

Les rois maudits j’ai toujours eu envie de le lire tu conseilles ?
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Message par bub » 23 sept. 2022 8:36

Un peu de bon sens que diable Notes sur l'enfermement sensoriel. La Brêche. : Un petit bouquin sur la prison avec des chapitres axés sur un des 5 sens (odorat, gout, toucher...).
Comme on peut s'en douter, c'est l'altération des sens à tous les niveaux, on est pas fait pour être enfermé-e... En plus, c'est assez actuel puisqu'on y parle de l'effet Covid qui a renforcé la zermi.
Avec un ton très proche de l'Envolée (détruisons toutes les prisons), un petit livre qui marque l'esprit, qui s'adressent à tou-tes, celleux du dedans et du dehors. Très chouette initiative. Bon courage aux enfermé-es !

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Re: que lisez-vous en ce moment ? - le retour -

Message par ratcharge » 23 sept. 2022 18:21

Yanic a écrit :
13 sept. 2022 22:37
Bref, j'en étais à ma pile de livres en retard, avant de pouvoir enfin attaquer Raccourci vers nulle part d'Alex Ratcharge, responsable actuel de mes cernes matinales. Quand le livre se passe dans un univers qu'on connait, au plaisir de la lecture s'ajoute également le plaisir quasi inconscient d'avoir l'impression d'en connaitre les lieux, ainsi pour un lyonnais (mais je ne doute pas que ce soit déclinable partout) un concert dans une ancienne maison bourgeoise devient le Coco Charnel et ses concerts dans la cave, et une attaque de fafs par engins incendiaires dans un squat un soir de concert pourrait tellement évoquer une soirée au Boulon de Villeurbanne (MissRatched en première partie, j'avoue avoir des souvenirs assez flous de la suite musicalement parlant !). J'en suis aux deux-tiers, je ne sais pas si j'oserais me frotter à une critique complète une fois l'ouvrage terminé, mais j'en conseille en tout cas déja grandement la lecture !
Merci Yanic! Pour la petite histoire, y a déjà eu des lecteurs qui m'ont dit, "Trop bien je l'ai reconnu ce squat, j'y allais tout le temps c'était..." avant de citer tel ou un tel nom de squat parisien des années 2000... Où je n'avais jamais mis les pieds. Mais bon, c'était un peu le principe, de créer des lieux fictifs à partir de ce qu'ils peuvent avoir en commun dans le réel.

Sinon pour les parisien-ne-s, y a Antonia Crane au Festival America ce week-end – c'est une ricaine, travailleuse du sexe, syndicaliste et autrice, notamment de Consumée, roman autobio qui se lit très bien : https://www.editions-tusitala.org/consu ... nia-crane/

Image
Tout juste débarquée de sa campagne, la jeune Antonia devient strip-teaseuse à San Francisco. Arrivée là presque par provocation, en combattante lesbienne féministe, elle devient vite accro à l’argent facile et au regard des hommes. Mais quand cette ancienne boulimique sujette aux addictions tente de reprendre le contrôle de sa vie, sa mère tombe malade. Pour payer ses soins, Antonia doit remonter sur scène, voire aller plus loin encore, quitte à risquer la prison…

De San Francisco à Los Angeles en passant par La Nouvelle-Orléans, Antonia Crane dépeint l’industrie du sexe, sa face sombre, mais aussi la solidarité qui s’y déploie. Tour à tour Stevie, Violet, Candy ou Lolita, c’est cachée derrière des pseudonymes aguicheurs qu’elle explore les tréfonds du désir humain. Et appréhende la solitude qui tenaille ses clients autant qu’elle.

Porté par un regard tendre et sans fard, ce premier roman autobiographique raconte l’histoire d’une fille prête à tout pour sauver sa mère, et d’une femme bien décidée à construire elle- même sa liberté, et à s’affranchir jusqu’à s’accepter, enfin.
Sinon récemment j'ai lu le dernier Despentes, que j'ai trouvé toujours aussi bon et pertinent. Et je viens de commencer Pourquoi fumer c'est de droite d'Olivier Milleron, dans le vague espoir que ça m'aide à arrêter, mais pour l'instant je le trouve pas dingue. (Et pas la peine de me conseiller le bouquin d'Allen Carr sur le même sujet, vu qu'il a eu l'effet inverse sur moi – je ne me suis jamais senti aussi dépendant, et donc incapable de décrocher, qu'après l'avoir lu...)

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